La masculine – Laurence Qui-elle

L’histoire de La Masculine, avec sa grande particularité, m’a tout de suite intriguée. Et comment résister à ce roman écrit exclusivement au féminin ? C’est avec beaucoup de curiosité que je me suis plongée dans cette lecture, d’un genre tout à fait nouveau pour moi.

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Merci à Laurence « Qui-Elle » de sa confiance pour ce Service Presse !

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Quelques informations sur l’autrice :
Laurence Qui-Elle est Docteure-es-Lettres et professeure à Genève. Son roman, La Masculine, qui aura nécessité deux années d’écriture, est un oulipo qui ne comporte aucun nom masculin. Cette contrainte d’écriture se retrouve jusque dans le nom choisie par l’autrice, nommée en réalité Laurence Kiehl.

La Masculine a remporté le prix Science-Fiction de la Journée du Manuscrit Franchophone en 2018.

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Résumé :
Elle était une fois la rédactrice La K et sa manipulatrice préférée Glike, une intellectuelle trentenaire et une manuelle quinqua des Femmes à la plume. Dans leur ville parisienne où la Notre-Dame a été recyclée en usine champignonnière alors que la Tour-F-Elle penche désespérément vers l’Avenue de la Grande-Désarmée, les femmes ont survécu à une maladie ravageuse et mortelle. Toutes vivent sans leur couillue ! Les grammairiennes intensifient leur déloyauté langagière autour de la Langfem et une révolution couve…

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Dès la première page, je me suis focalisée sur le style assez particulier et original du livre. On ne peut que saluer le travail de l’autrice pour écrire sans un seul mot masculin, devant parfois recourir à des tournures assez intéressantes, mais pas des plus simples. Néanmoins, cela n’entrave pas la lecture, même si on peut avoir un peu de mal, au début, à rentrer sur l’histoire. Je pense cependant que cela vient plus des habitudes ancrées des lecteurs, plus que du travail de Laurence Qui-Elle. En effet, rien que le « Elle était une fois » du résumé m’a embrouillé quelques petites secondes, et je pensais que la « manipulatrice » qui est évoquée manipulait des gens et non des outils… une petite déconstruction à faire avant de lire donc.
Cette féminisation de la langue n’est pas un travail qui reste uniquement sur la forme, mais elle est bien utilisée à l’intérieure même du récit et est au centre de l’histoire. En effet, seules les femmes ont survécu à une étrange maladie qui a décimé les hommes partout dans le monde. La société est donc passée à une féminisation extrême, ce qui a entraîné des changements jusque dans les noms de rues, bâtiments mais aussi toutes les exclamations. Mais ce n’est pas tout : il est strictement interdit d’employer le moindre terme masculin, et cela est allé jusqu’à rendre féminin les exclamations comme « hein », « ha » ou encore le pronom « ça ». On va donc se promener entre la Tour-F-Elle et l’Arche Triomphale, en acquiesçant à base de « oui-e ».

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Le nouvel état mis en place suite à l’épidémie qui n’a laissé que les femmes debout n’est pas pour autant prospère, bien au contraire. On nous raconte comment il s’est construit, qui a pris le pouvoir et on arrive dans une société des plus restrictives, surveillées, où la pauvreté et la ruine se côtoient, tandis que les femmes intellectuelles et celles qui sont plus manuelles sont rivales. La K, qui travaille en temps que rédactrice n’est pas toujours en accord avec ces règles et voit bien les clivages dans cette nouvelle structure sociétale qui ne tient pas réellement debout.
La vie semble dépérir, même si l’espèce humaine ne disparaît pas avec l’absence des hommes, elle n’est pas des plus fructueuse et un changement est nécessaire pour que les choses changent pour le mieux. Et la solution existe, bien cachée. Il ne dépendra que de K de mettre la main dessus.

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Les personnages sont tous différents et se dévoilent au fur et à mesure, au travers des yeux de K. Ils permettent tous de porter un message, un point de vue face à la société de nous-les-femmes. Glike, pleine de gentillesse est tout particulièrement attachante, tandis que la mère de la K se plaint beaucoup et sur de nombreuses choses, regrettant le décès de sa propre mère, la Gope, qui est loin d’être absente de l’histoire.

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La Masculine est un livre particulier, presque une expérience. Si la plume peut parfois surprendre, elle reste intelligente et réfléchie. Le fait de mêler l’histoire à la contrainte d’écriture est, à mon goût, un très bon choix, qui permettent au fond et à la forme de se compléter parfaitement.
L’histoire est plutôt plaisante à lire et la fin, ouverte peut plaire ou déplaire, mais elle laisse quoiqu’il en soit songeur. Il m’a fallut quelques temps pour avoir un avis sur ce livre… mais quelques jours plus tard, je ne sais toujours pas réellement ce que j’en ai pensé ! Cependant, il est bien loin d’être une déception, je dirais plus qu’il laisse songeur.

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La Masculine
Les éditions du net
Publication 2018
121 pages

Connaissez-vous la Masculine ? Avez-vous déjà lu un livre avec une contrainte d’écriture ?

A très bientôt pour un nouvel article,
Brybry

Contes des sages qui lisent dans les étoiles – Patrick Fischmann

J’adore regarder les étoiles, tout comme j’adore lire. Quand j’ai vu ce recueil de contes qui combinait les deux, je n’ai pas pu m’empêcher de l’emprunter, afin de découvrir des légendes de plusieurs pays sur ces astres que j’aime tant.

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Quelques mots sur l’auteur :
Patrick Fischmann est né en 1964 à Neuilly-Sur-Seine. Poète, écrivain et conteur, il est également musicien, auteur, compositeur et interprète. Il a fondé le Théâtre du Vivant créant de multiples spectacles,contes musicaux, danses…, qu’il présentera autant dans les maisons d’arrêt que pour des publics étrangers ou pour les personnes en situation de handicap.
Il voyage beaucoup et va à la rencontre des peuples autochtones, créant des liens avec eux. Il a par ailleurs travaillé avec l’écrivain et poète G Mend-Ooyo afin d’écrire la première anthologie de contes mongols.

Amateurs de contes, il a enregistré une dizaine de contes musicaux et a travaillé sur une grande partie de la collection « Contes des sages », en plus d’autres travaux.

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Résumé :
Voici réunis dans un même recueil des mythes cananéen, celte, égyptien, grec, indien, maya, tahitien, chinois, etc., des légendes, kirghiz, aborigène, amérindienne, orientale, des contes et récits de la Renaissance et des Lumières ainsi qu’une fiction contemporaine. A travers les vastes espaces de l’imaginaire, les « sages qui lisent dans les étoiles » contemplent un univers qui abolit le temps ; du géant Orion à la Mer de lait, un monde peuplé d’astrologues, d’alchimistes et de savants poètes. On côtoie une étoile amoureuse et un panier volant, on rencontre l’Aurore, des elfes, Giordano Bruno, Titien, Mozart… On accompagne les rois mages, on va par les chemins de Compostelle, sous la voûte céleste où d’innombrables étoiles nous parlent de nous-mêmes et de notre Odyssée.

Une somptueuse iconographie dialogue avec la farandole, pour faire de ce livre un compagnon de voyage vers l’infini.

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En choisissant ce livre dans ma médiathèque, je dois avouer une chose : si je l’ai emprunté, ce n’est pas uniquement parce que j’aime les étoiles, mais surtout parce que je l’ai trouvé magnifique. La couverture et ses couleurs sont absolument dans le thème, mais surtout une fois qu’on l’ouvre, on se retrouve avec des pages très belles, avec des marges sublimes et aussi, ici et là, des illustrations absolument splendides. De quoi vouloir s’y plonger et replonger juste pour le plaisir des yeux.

Les contes sont nombreux, on en trouve plus d’une trentaine. Ils sont issus de tous horizons (comme le mentionne très bien le résumé) et aussi d’époques variées, et ainsi l’on trouve parfois des personnages connus au cœur de certains d’entre eux, comme Mozart par exemple.
Chaque histoire est courte, entre trois-quatre pages, jusqu’à une petite dizaine. Cependant, je recommanderai tout de même de laisser passer du temps entre deux contes, plutôt que des les enchaîner les uns à la suite des autres.

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Les Contes des sages qui lisent dans les étoiles permet d’avoir un aperçu de nombreuses cultures, ainsi que des mythes et des histoires qui ont forgé des peuples, leur façon de vivre, leur morale. Il est intéressent de voir les similitudes dans certains contes. Forcément, les thèmes sont souvent similaires et ils reviennent d’une histoire à l’autre, mais ils sont développés de manières totalement différentes. Les étoiles, le ciel, la lune, le soleil, sont bien évidemment présents, mais l’on trouve également plusieurs histoires d’amour et quelques histoires de prophéties.

Parmi tous ces contes, il y en a quelques uns qui m’ont particulièrement plu, comme les métamorphoses de Pan’Ku (légende de Chine), où le géant endormi brise l’oeuf dans lequel il se reposait avant de créer le monde, Qui ne voit qu’une étoile doit apprendre (Légende de l’inde), où le dieu de la Lune tombe amoureux d’une étoile mais ignore les autres ou encore Si la lune est avec toi (contes orientaux), où Hassan, mendiant se retrouve prophète au service du sultan.
J’ai également apprécié le conte Le chant des astres, qui se déroule à Paris et qui se situe donc dans un espace que je connais un peu. Il en va de même pour La flûte céleste qui met en scène Mozart ou encore La fresque de Khenemet ouret qui parle de la légende de Nout égyptienne dont j’avais déjà connaissance.

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J’ai bien aimé ma lecture des Contes des sages qui lisent dans les étoiles, même si j’aurais quelques petits bémols à émettre. Par exemple, étant donné que les contes sont courts, il peut être assez difficile de s’immerger dedans, notamment lorsqu’il y a beaucoup de termes en langue étrangère qui sont laissés tels quels dans le texte. C’est pour cette raison que je recommanderai de laisser du temps passer avant de lire un autre conte, voire de faire quelques recherches pour être moins bloqué et pouvoir profiter mieux de l’histoire lors d’une relecture.
Cependant, cela reste une très belle façon d’appréhender plusieurs cultures, d’en avoir un aperçu où même de se rappeler de mythes et de légendes déjà entendues auparavant.
La bibliographie en fin d’ouvrage est assez riche et je pense que lire les ouvrages conseillés pourrait offrir une meilleure vision de ces contes, et même d’en découvrir de nouveaux qui seraient plus ciblés sur un pays ou sur un peuple.

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Contes des sages qui lisent dans les étoiles
Editions Seuil
Publication 2010
Pages 235

Connaissez vous la collection « Contes des Sages » ? En avez-vous déjà lu ? Connaissez-vous des légendes sur les étoiles ?

A très bientôt pour un prochain article !
Brybry

Une vie – Simone Veil

Simone Veil est une femme que j’admire énormément, notamment au vu du combat pour la légalisation de l’avortement qu’elle a mené. Pourtant, je ne savais pas grand chose sur elle, et voulant en découvrir plus sur son parcours, j’ai décidé d’enfin lire son autobiographie.

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Quelques mots sur l’autrice :
Simone Veil est une magistrate et femme d’état française, née en 1927. A l’âge de 16 ans, elle est déportée jusqu’à Auschwitz. Son frère, son père et sa mère périront durant la Shoah.
Simone Veil est connue pour ses combats, comme la « Loi Veil », qui rend l’avortement légal en France en 1975. Elle a été Ministre, présidé au Parlement Européen et a été élue à l’Académie Française.
Après son décès, elle fait son entrée au Panthéon le premier juillet 2018.

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Résumé :
Simone Veil accepte de se raconter à la première personne.
Personnage au destin exceptionnel, elle est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée, en France et à l’étranger; son autobiographie est attendue depuis longtemps.
Elle s’y montre telle qu’elle est : libre, véhémente, sereine.

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On peut noter plusieurs temps différents dans ce livre. L’enfance et le début de l’adolescence heureuse, bien que modeste, puis la déportation et l’enfer qu’elle amène avec elle. Arrivent ensuite la retour en France, la nécessité de se reconstruire puis les différents combats, les évolutions politiques de Simone Veil.

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La première partie, sur l’enfance de Simone Veil m’a laissé un petit goût doux-amer, puisque j’avais connaissance des choses horribles qui allaient se dérouler par la suite. Lire sur les horreurs de la Shoah, ce que des millions d’êtres humains ont vécu est loin d’être une partie de plaisir. Nous avons ici un point de vu direct qui nous plonge dans l’horreur du nazisme au travers des souvenirs, sentiments et ressentis même d’une personne les ayant vécus. Simone Veil arrive tout de même, malgré tous ces malheurs, à nuancer quelque peu en parlant de moments de répit (tout relatif, vu la situation) desquels elle a pu bénéficier.

Par la suite, on voit comment Simone Veil s’est reconstruite et a continué à aller de l’avant. Et je suis tellement admirative de la force dont elle a pu faire preuve ! Commencer des études, tout en faisant son deuil et en ayant les séquelles de la catastrophe est, à mes yeux, incroyable.

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On va donc suivre son parcours, jusqu’à ce qu’elle grimpe les échelons et se fasse une place importante sur la scène politique. Nouvellement Ministre, on lui confiera de nombreux dossiers, dont celui sur l’avortement mais elle travaillera aussi, par exemple, sur l’amélioration des conditions de vie dans les prisons.
Sa carrière de magistrate et de politicienne occupe la majorité du livre et l’on apprend beaucoup sur ce qui se passait dans les coulisses, comment les Ministres et autres hauts fonctionnaires se comportaient entre eux. On va donc suivre Simone Veil au Parlement Européen et jusqu’aux quatre coins du monde.
J’ai eu un peu de mal à lire cette partie, mêlant vie politique et informations sur le droit. N’étant pas spécialiste (du tout) dans la matière, il est fort probable que je n’ai pas intégralement compris de quoi il était fait mention. Il y a également beaucoup d’anecdotes et de noms de politicien qui sont évoqués. Ici encore, mis à part certains, je n’en connaissais pas beaucoup et n’était pas familière de leur discours ou conviction, ce qui m’a parfois un peu embrouillé. Une vie, peut être parfois un peu dur à lire.

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Les photographies présentes dans le livre nous permettent de voir Simone Veil tout au long de sa vie, de sa plus tendre enfance à sa rencontre avec des politiciens de tout bord, jusqu’à son retour à Auschwitz.
On trouve également des annexes en fin d’ouvrage, qui regroupent les grands discours prononcés par Simone Veil, autant ceux pour la mémoire de la Shoah, que son discours devant l’Assemblée pour la loi Veil ou celui prononcé au début de sa présidence du Parlement Européen.

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Comme mentionné sur la couverture, j’ai trouvé que Simone Veil était « libre, véhémente, sereine ». Bien qu’à chaque lecture de biographie -et encore plus pour les autobiographies- il faille, à mon sens, garder un certain recul (l’Histoire n’est-elle toujours pas écrite par les vainqueurs ?), j’ai eu la sensation que Simone était sincère dans ce qu’elle racontait. Toujours avec justesse, elle reconnait sans problème les qualités de ses adversaires politiques, tout comme les défauts de ses partenaires. Elle nous parle avcc humilité et évite les jugements, même sur les sujets les plus épineux.

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Petite information utile :
Pour les intéressés, Simone Veil a mentionné dans son livre plusieurs ouvrages qui parlent de la Shoah et qui, à ses yeux, racontent avec justesse ce qu’il s’est passé.
Elle cite par exemple :
Si c’est un homme de Primo Levi,
L’espèce humaine de Robert Antelme,
Ravensbrück de Germaine Tillion,
L’univers concentrationnaire, Les jours de notre mort et Le Pitre ne rit pas de David Rousset.

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Plus qu’une autobiographie, Une vie me semble être un véritable témoignage historique, tant par les événements de la Shoah que par ce qui se déroule par la suite. Simone Veil met bien l’accent sur le fait qu’il ne faut pas oublier ces pans de notre histoire, et nous en transmets quelques facettes.
Les événements plus récents, notamment ceux qui ont un aspect politique, nous permettent de voir ce qui a fondé notre société actuelle et constater que, hélas, certains problèmes de l’époque ont perduré jusqu’à nos jours.
Ce n’est pas une lecture pour la détente, mais je pense qu’elle est très instructive. J’ai beaucoup appris sur la vie politique française après la Seconde Guerre Mondiale, mais aussi sur Simone Veil, puisque j’ai réalisé finalement que non, je ne connaissais pas tant de choses que ça sur cette grande dame.

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Une Vie
Editions Stock
Publication 2007
397 pages

Connaissez-vous Une Vie de Simone Veil ? L’avez-vous lu ?

A bientôt pour une nouvelle chronique et merci de votre passage !
Brybry’

Celle qui dérange – Eva Kopp

Histoire familiale, rivalités au travail, la vie de Heloïse n’est pas de tout repos, et les événements qu’elle va vivre ne vont pas l’épargner. Celle qui dérange, est une histoire intrigante qui se lit très rapidement, en quelques heures à peine.

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Merci à Eva Kopp pour sa confiance renouvelée pour ce Service Presse !

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Quelques informations sur l’autrice :
Cet article est mon deuxième sur un ouvrage d’Eva Kopp, et je l’avais donc présentée dans l’article sur L’enfant du Tsunami. Celle qui dérange est son deuxième roman.

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Résumé :
Heloïse, trentenaire toulousaine et célibataire libérée, cumule joyeusement les Mojitos et les amants quinquas.
Alors qu’elle pratique son footing quotidien, elle découvre un corps flottant dans la Garonne. Le choc est d’autant plus important que le cadavre présente des similitudes physiques avec son père qui l’a abandonnée lorsqu’elle avait 6 ans.
Heloïse vacille peu à peu. Elle décide de chercher son père et découvre qu’il a refait sa vie à quelques kilomètres de chez elle…

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L’histoire de Celle qui dérange est plutôt intéressante, bien que l’intrigue initiale peut sembler être commune. Si elle est concentrée sur la question des origines de Heloïse, il y aura tout de même plusieurs variantes au récit, des rebondissements qui seront développées succinctement au fil du roman.

Heloïse, perturbée à raison par la découverte du cadavre dans la Garonne, ce qui brise la routine de sa vie quotidienne, va décider de partir à la recherche de son père, qui est parti sans rien dire des années auparavant, la laissant seule avec sa mère. Même si elle se heurte à un mur lorsqu’elle tentera de le recontacter, elle ne baissera pas les bras et cherchera par tous les moyens, même ceux les plus détournés, à lui parler. Cela finira par arriver mais ne signifiera absolument pas que les problèmes de la jeune fille seront terminés, bien au contraire…

L’histoire ne se déroule pas uniquement de manière linéaire. Si elle commence tel que le promet le résumé, il y aura à plusieurs reprises des retours dans le passé, bien nécessaires à l’histoire. Le passé et le présent se mêlent pour déboucher sur une nouvelle situation. On en découvrira notamment plus sur Heloïse, sur son enfance et notamment le moment où tout a basculé suite au départ de son père.
La répétition de certains passages, dont celui qui commence le livre, permet d’instaurer un certain rythme et de voir aussi l’évolution d’Heloïse au fil des pages, ce qui change dans sa routine, ce qui se remet en place naturellement.
Le récit est néanmoins très courts, moins de deux cents pages et j’avoue que je suis partagée sur un point. Si l’histoire en elle-même me semble complète, je n’aurais pas été contre un approfondissement de certains aspects, de certains personnages, pour qu’on puisse les comprendre plus et, peut-être, s’attacher un peu plus à eux. Malgré tout, je n’ai pas l’impression que le fond manquait de quoique ce soit.

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Les personnages de Celle qui dérange sont nombreux et variés. Certains frôlent la caricature (voire mettent un pied dedans), mais j’ai eu l’impression que c’était le parti pris par l’autrice et qu’elle s’en amusait, se permettait de jouer un peu plus avec ces personnages.
Heloïse, étant le personnage principal, l’intrigue se construit bien entendu autour d’elle. Elle profite de la vie, a un rythme de vie qui semble parfois sain, avec ses joggings réguliers, et parfois un peu extrême avec ses mauvaises manies au travail, ses soirées également fréquentes et ses rendez-vous trouvés sur internet, juste pour s’amuser et prendre du plaisir. Elle ne renoncera à rien pour retrouver son père, crée un dialogue, quitte à s’immiscer dans la nouvelle vie qu’il s’est crée. Avec tous ces points, on peut déjà comprendre en quoi elle est celle qui dérange. Son comportement peut parfois être considéré comme étant irréfléchi et j’ai parfois eu un peu peur dans ses démarches, me demandant si tout allait bien se passer pour elle et… ce ne fut pas toujours le cas.
Heloïse n’est pas seule, elle n’est pas un personnage isolé. En plus de ses conquêtes d’un soir, elle peut compter sur une amie proche, mais aussi sur un collègue, auquel elle est loin d’être indifférente. Pour ce qui est de sa « famille » par contre, les choses sont bien évidemment moins facile et il est difficile de savoir qui est sincère et qui ne l’est pas…

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Dans ce roman également, j’ai eu l’impression qu’Eva Kopp traitait les sujets abordés avec justesse, et je pense qu’elle a fait plusieurs recherches en amont, notamment pour ce qui concerne le travail de Heloïse, en maison de retraite. Les difficultés rencontrées par ces établissements sont de nos jours bien connus et on les retrouve bien par moment dans Celle qui dérange.
De même, la confrontation avec son père, sa famille, ne peut forcément pas se dérouler sans accro et l’on suit les avancées, tout comme les retours en arrière dans ce processus.

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La plume d’Eva Kopp est reconnaissable, similaire à son premier roman, L’enfant du Tsunami. C’est un style plutôt oral, qui pourrait déplaire aux personnes qui sont à cheval sur les normes traditionnelles de littérature, notamment pour les dialogues. Malgré cela, d’un point de vu global, l’histoire se lit bien. Je voulais lire par curiosité les premières pages, au final j’ai été très vite emportée dans l’histoire, et trois petites heures plus tard, j’avais fini ma lecture.
Certains passages retrouvent un peu de la poésie que j’avais apprécié dans le premier roman d’Eva Kopp, mais je pense devoir être obligée de dire que d’autres sont plutôt crus. L’autrice m’avait prévenue, et comme elle me l’avait dit, les grossièretés et autres réjouissements se font moins nombreux par la suite.

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Celle qui dérange a été pour moi une lecture assez agréable, bien que je ne sois pas sûre de relire ce livre un jour. Il se lit bien, facilement et on se laisse happer bien plus vite qu’on ne le pensera. La chute finale, les dernières lignes m’ont surpris et à mon avis, peuvent justifier que l’on lise cette histoire jusqu’à la fin.

Celle qui dérange
Autoédition
Publication 2019
189 pages

Connaissez-vous ce livre ? Vous donne-t-il envie ?

A bientôt pour une nouvelle chronique !
Brybry’

Tant que nous sommes vivants – Anne-Laure Bondoux

La couverture de ce roman a immédiatement attiré mon regard et je m’étais promis de le lire dès que je mettrais la main dessus. Je suis ravie de l’avoir trouvé en bibliothèque, car l’histoire est sublime et m’a convaincue, de la première à la dernière ligne.

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Quelques informations sur l’autrice :
Anne-Laure Bondoux est une écrivaine française née en 1971. Elle a fait des études de littératures et possède une licence en lettres modernes. Elle travaille en tant que rédactrice chez Bayard Presse puis, dès les années 2000 arrête ses activités pour se consacrer à l’écriture et publie principalement des romans jeunesse.

Parmi ses publications, on trouve notamment Les larmes de l’assassin, L’aube sera grandiose, ou encore Le temps des miracles.
Elle a obtenu le Grand prix SGDL du roman jeunesse pour Tant que nous sommes vivants.

Ses romans ont été traduits dans une vingtaine de langues.

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Résumé :
Bo et Hama travaillent dans la même usine. Elle est ouvrière de jour, lui, forgeron de nuit. Dès le premier regard, ils tombent follement amoureux. Un matin, une catastrophe survient et ils doivent fuir la ville dévastée. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus…
Mais quand l’ombre a pris la place de la lumière, l’amour suffit-il à nous garder vivants ?

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Ce qui ressort le plus de cette lecture est une sensation de doux-amer, avec la tristesse et la beauté qui se mélangent au fil des pages.
Dès le début de l’histoire, l’ambiance est assez morose, terne. Le prologue pose directement les bases, d’une société autrefois riche et abondante et désormais pauvre, où les gens n’ont plus d’espoir. Leur semblant de vie s’articule autour de l’Usine où ils travaillent mais rien ne les pousse réellement à avancer.
Une étincelle d’espoir arrivera tout de même dans ce monde grisâtre, avec l’histoire d’amour naissante entre Hama et Bo. Ils s’aiment et amènent avec eux poésie et douceur, jusqu’au jour où un accident survient, entraînant avec lui d’autres catastrophe et contraignant le couple amoureux à partir.

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Tu crois qu’il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue ?

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Hama et Bo sont splendides dans leur amour, dans leur relation et apportent de la couleur à l’histoire. On s’attache à eux, même si cet attachement n’est pas forcément immuable tout au long du récit. J’ai été parfois déçue par leurs choix, surtout que leurs expériences passées montraient qu’ils n’étaient pas forcément les bons mais… cela les a rendu tellement humains que j’ai été convaincue, même si ce n’était pas la voie que j’aurais voulu les voir prendre, c’était la meilleure pour l’histoire.
J’ai aimé les découvrir, tant au travers de leurs sentiments, leurs qualités et leurs défauts mais aussi lire sur leurs passés mystérieux, avant leur rencontre et ce qui les a amené à être ceux qu’ils étaient au moment du récit. On comprend leurs peurs, leurs espoirs et ce qui a forgé leurs caractères, pas toujours faciles, autant pour l’un, que pour l’autre. On les voit évoluer, parfois à contrecœur, mais continuer à avancer tout de même.

Les personnages secondaires, eux aussi, sont attachants. Que ce soit le duo de La Tsarine et de Melkior ou celui de Ness et Malakie.
Le peuple du Bas est plein d’originalités, de douceur et de force. J’ai aimé apprendre à connaître ce petit clan adorable et leur histoire, voir leur patience, leur gentillesse et leurs croyances.

Plus tard dans l’histoire, lorsque Tsell fait son apparition, nous assistons à une sorte de rétrospective du récit, que l’on a l’impression de rembobiner et de revivre, avec une certaine nostalgie, et surtout sous un nouveau regard.

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Tant que nous sommes vivants est un récit porté par d’excellentes idées de l’écrivaine, ce qui permet au récit de prendre des tournants originaux. On dévore les pages les unes arpès les autres, en effleurant les folklores de différents peuples et on a juste envie d’en savoir plus. Comment les personnages en sont arrivés là, ce qui les a forgé, ce qui leur permet de continuer à avancer…
On frôle par moment le fantastique, avec les événements inexpliqués, les expériences proches du chamanisme, les rêves particuliers qui se mélangent aux ombres qui le sont tout autant ou encore le peuple d’en bas, haut comme trois pommes et se fiant aux prédictions d’un de leurs membres.

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L’écriture d’Anne-Laure Bondoux est sublime. On est pris dans l’ambiance très rapidement et en s’attachant vite aux personnages, on tremble et espère avec eux. Certains passages sont tout simplement beaux et poétiques, d’autres vont être adorables mais des regrets en fond, tandis que les derniers seront simplement tristes et douloureux.

Les titres de chaque chapitres évoquent toujours une dualité, un contraire (le bruit et le silence, le vide et le plein, le connu et l’inconnu…) et ils sont toujours justifiés à l’intérieur du récit.

J’ai été surprise au début par la narration qui utilise le « nous » et je pense que c’est le premier livre que je lis qui utilise ainsi ce pronom. Il permet de renforcer l’atmosphère, puisqu’on commence par ce questionner sur ce « nous », qui est-il précisément ? Impossible à déterminer, il reflète les pensées de toute une communauté plutôt qu’une personne en particulier, et on pourrait même traiter ce « nous », cet ensemble comme un personnage à part entière. Il permet de voir le couple de Hama et Bo sous un autre angle, celui du groupe qui avait renoncé à l’espoir et à l’amour.

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Tant que nous sommes vivants est un livre qui se lit bien tant il est porté par une jolie plume. Il est facile de s’identifier aux personnages, si humains, et de rentrer dans l’histoire. C’est un récit qui est réaliste de part les épreuves que traversent Hama et Bo ou celles qui touchent toute la communauté.
L’histoire est à la fois triste est belle, mais toujours pleine de poésie.

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Tant que nous sommes vivants
Editions Gallimard
Publication 2014
298 pages

Connaissez vous Tant que nous sommes vivants ? Avez-vous déjà lu un livre d’Anne-Laure Bondoux ?

A bientôt pour un prochain article !
Brybry

De Bons Présages – Neil Gaiman, Terry Pratchett

Le roman De Bons Présages est le résultat d’une collaboration entre Neil Gaiman et Terry Pratchett. Autant dire que je me voyais très mal passer à côté d’un tel ouvrage, sachant que j’aime la plume comme l’humour de ces deux auteurs. Et, pour mon plus grand plaisir, j’ai été servie.

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Quelques mots sur les auteurs :
Terry Pratchett, né en 1948 et décédé en 2015 est un des auteurs anglais les plus reconnus et les plus prolifiques de fantasy. Enfant, il s’est d’abord intéressé à l’astronomie, puis à la science-fiction anglaise et américaine. Âgé de dix-sept ans, il se lance dans le journalisme, tout en poursuivant des études pendant ses jours de repos. C’est en 1971 qu’il est édité pour la première fois, avec Le Peuple du Tapis, qu’il retravaillera par la suite. Terry Pratchett est notamment connu pour son oeuvre « Les annales du disque-monde » comportant plus d’une trentaine de tomes.
Il se distingue par sa plume, son humour particulier et par son non-respect des normes d’édition. Par ailleurs, Terry Pratchett, anobli en 2008, possède une épée forgée par ses soins et celui d’un forgeron, contenant plusieurs morceaux de météores.

Neil Gaiman est également un auteur anglais de fantasy, fantastique et science-fiction. Je l’avais déjà présenté dans mon article sur son livre Stardust.

Terry Pratchett et Neil Gaiman deviennent amis suite à leur rencontre en 1985 et publieront De Bons Présages (Good Omens) en 1990.

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Résumé :
L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, après le thé ! Ainsi en ont décidé, d’un commun accord, les forces du Bien et celles du Mal. L’Antéchrist va fêter ses onze ans. Son éducation a été supervisée par un ange, Aziraphale, et un démon, Rampa, résidant sur Terre depuis l’époque de la première pomme. Mais voilà, suite à un coup du sort, l’enfant a été échangé à la maternité. Le véritable Antéchrist se nomme Adam et vit dans la banlieue de Londres. Et ça, ça change tout ! Une course contre la montre commence alors pour l’ange et le démon qui, finalement, se disent que la race humaine ne mérite pas son sort.

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Ma première tentative de lecture avait lamentablement échoué puisque je n’avais jamais reçu mon colis, autant dire que je suis heureuse d’avoir pu avoir ma petite revanche !

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De Bons Présages est composé de plusieurs idées qui paraissent assez communes (l’idée du Bien et du Mal qui s’affrontent, d’un enfant échangé à la naissance…) mais le déroulement est pour le moins innovant. Vont en effet se mêler des histoires de prophéties douteuses, de sorcières et d’inquisiteurs… en plus de la présence d’Anges et de Démons. Autant dire que c’est un roman plein de rebondissements, notamment pour les présages, qui arrivent de façon totalement farfelue et inattendue.

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Les personnages sont très nombreux, et il peut être assez facile de s’y perdre surtout au début et c’est là que je dis merci à la liste plutôt amusante qui les présente tous au début du livre (mention spéciale au molosse des Enfers). Je dois reconnaître qu’il me fallait parfois quelques instants pour remettre un personnage, me rappeler qui il était et quel était son rôle.
Cela ne m’a cependant pas empêché de comprendre l’histoire ni de m’y plonger. Je pense d’ailleurs que ça a permis de découvrir plus de personnages en profondeur, notamment pour Agnès Barge, que l’on aurait pas pu découvrir autant sinon. Quoiqu’il en soit, ils finissent bien entendu tous par se croiser et leur présence prend sens au fur et à mesure des pages, par exemple pour les quatre chevaliers de l’Apocalypse. Il existe un certain mystère qui flotte autour d’eux et qui ne sera révélé qu’au fur et à mesure. Aussi, les fans de Terry Pratchett et des Annales du Disque-Monde devraient retrouver avec plaisir un personnage bien particulier.
De mon côté, j’ai beaucoup aimé Adam, à savoir l’Antéchrist, qui refait le monde à sa façon, sans forcément se rendre compte des conséquences. Newton est quant à lui un personnage très attachant, un peu naïf mais qui ne rechigne pas à la tâche. Cependant, je dois avouer que j’ai eu un gros coup de coeur pour le duo d’Aziraphale et Rampa, attendant leurs passages avec impatience.

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L’humour est prédominant tout au long du récit. Il se cache parfois dans des détails, des jeux de mots où à la fin d’une situation qui offrira une chute inattendue mais d’autant plus amusante. Il y a toujours une péripétie, un contre-coup qui prête à sourire ou à rire. Bon, je dois tout de même avouer que je suis assez bon public et que j’ai tendance à rire pour peu de choses, mais je pense tout de même que d’autres que moi pourraient être amusés par l’humour des deux auteurs. Il faut s’attendre à sourire au moins toutes les cinq pages, si voire plus. J’ai notamment apprécié Aziraphale et sa trop grande gentillesse qui semble bien maladroite lors de la réparation d’un vélo, les notes de bas de page qui ne sont pas dénuées d’humour et qui sont vraiment à lire, ou encore la façon de Rampa de se battre contre un autre démon avec brumisateur.
Le texte est également parsemé de très nombreuses références, dès les premières pages, et même si je ne suis pas sûre de toutes les avoir eues, certaines m’ont fait bien rire.

« Bon, ben alors, j’y vais, babilla Rampa. Au revoir, à la pr… au revoir, quoi. Euh. Bon. Parfait. Bye. »

Pendant que la Bentley se noyait dans les ténèbres avec un hurlement de pneus, Ligur se demanda : « Il a dit quoi ?

– C’est de l’américain, expliqua Hastur. Ça veut dire : achetez. »

En parlant des auteurs, je n’ai pas remarqué de différence dans l’écriture. Ils avaient dans un premier temps décidé que l’un écrirait sur certains personnages et l’autre de ceux restant, mais au fur et à mesure du processus, ils ont finit par tout rédiger ensemble (au point que Terry Pratchett a déclaré « de grosses portions étaient écrites par une créature composite appelée Terryetneil » ).

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Même si j’ai adoré ma lecture, je dois être honnête et dire que j’ai mis plutôt longtemps à parvenir à la fin du livre. Il vaut le coup d’être lu, mais certains passages peuvent être un peu long ou on peut se perdre un peu entre tous les personnages, j’ai donc trouvé préférable de prendre mon temps et de bien le savourer sans précipiter ma lecture.
Néanmoins, De Bons Présages est composé de nombreux extraits qui se succèdent les uns à la suite des autres, ce qui peut faciliter la lecture où, au contraire, permettre de faire une pause au milieu d’un chapitre si le lecteur le souhaite.

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Petite information intéressante :
De Bons Présages va être adapté en série et diffusée dès le 31 mai par Amazon Prime !

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Si certains se sentent découragés par le nombre de personnages au début de la lecture, s’il vous plait, ne lâchez pas l’affaire et essayez d’aller jusqu’au bout. Je trouve que c’est une histoire qui vaut vraiment le coup et que passer à côté serait une erreur. Bien entendu, si vous n’accrochez pas au style, ne vous forcez pas, mais sachez que tout finit par prendre sens et qu’il existe une réelle logique à l’existence de chacun des personnages.

De bons présages
Editions J’ai lu
Publication 1995
440 pages

Connaissez-vous ce livre ? L’avez vous lu ? Avez-vous déjà lu un livre d’un de ces auteurs ?

A très vite pour un prochain article !
Brybry’

Ahogur – Sonia J. Fadda

Roman de fantasy médiévale issu d’une saga, ce premier tome d’Ahogur pose les bases d’un nouvel univers plutôt prometteur. Il m’aura fallu du temps pour plonger dans ma lecture et parvenir à en apprécier certains aspects, bien que les personnages en soient un point fort.

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Merci à Sonia J. Fadda pour sa confiance pour ce Service Presse !

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Quelques informations sur l’autrice :
Sonia Jarrige-Fadda est une autrice française née en 1973 et vivant actuellement à Montpellier avec sa famille. Même si elle a toujours aimé écrire, il lui aura fallu retrouver ses marques et ses habitudes avant de donner naissance à Ahogur.

La saga Ahogur compte six tomes (disponibles sur Amazon) et Sonia J. Fadda a également publié un recueil de poésie, Sous ma peau, peut-être ainsi qu’un recueil de nouvelles, Poudre Noire.

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Résumé : Ahogur est le premier volet d’une histoire se déroulant à une époque similaire à nos temps médiévaux. Dans un monde sans nom, au cœur des contrées humaines, Ulysse élève seul une poignée d’enfants trouvés. Le bûcheron leur enseigne tout ce qu’il sait et à eux six, ils forment une curieuse famille. Leur vie aurait pu suivre paisiblement son cours si d’inhabituels événements ne s’étaient produits à deux pas de chez eux. Des événements qui ramenaient Ulysse vingt ans plus tôt, vers un passé tumultueux.
Pressentant une menace dont elle ne sait rien, Solène sa fille, sera celle par qui la vérité fera son chemin. Ce faisant, elle apprendra que la violence et la mort se joignent parfois à l’amour et l’amitié par des détours inespérés. Et sous l’égide de l’alchimiste, elle découvrira l’existence de tout un monde caché au regard des humains. Où les créatures féeriques et les potions miraculeuses deviennent la normalité. Pour Solène, le voyage ne fait que commencer.

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Pour commencer, je dois prévenir que cette chronique sera peut-être plus nuancée que celles écrites jusqu’à présent. Je n’ai, contrairement à d’autres chroniques, pas été totalement conquise par ce livre, mais je reconnais les qualités tout comme ce que je qualifie personnellement de points faibles.

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Ahogur prend place dans un petit village, qui a une routine somme toute tranquille. Si le récit se concentre sur une famille bien particulière, puisque chacun des enfants a été recueilli par Ulysse, le bûcheron. Les liens qui les unissent sont forts, même si leurs caractères sont tous bien différents et qu’ils ne sont pas forcément toujours en accord.
J’ai trouvé les différents membres de cette maisonnée attachants. On apprend tous à les connaître assez rapidement et à les apprécier. Aucun d’entre eux n’a tous les défauts du monde ou est un bouc-émissaire, il y a donc un équilibre plaisant à lire. Leurs personnalités sont compatibles et même si des disputes arrivent, l’ambiance générale est bonne, chaleureuse et agréable à découvrir pour le lecteur.
On apprendra à tous les connaître au fur et à mesure, mais c’est surtout au travers de Solène, une des enfants recueillie par Ulysse que l’histoire se révèle. La narration étant à la première personne, on découvre les événements en même temps qu’elle, et tout au début du livre, elle s’adresse même au lecteur rapidement.
Comme pour les autres personnages, je l’ai trouvée assez bien construite, avec un tempérament qui lui est propre et qui ne ressemble pas à ceux des autres membres de sa famille. Elle est forte, ne se laisse pas faire, mais reconnait parfois qu’elle n’est pas aussi cultivée que ce que l’on pourrait espérer.

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Au fil des pages, les personnages vont vivre plusieurs aventures, ensemble ou non, qui les feront réagir de manière différente et leur permettra de forger leurs expériences. Même si certaines sont des plus funestes, puisque l’histoire se base notamment sur le mystère entourant des décès. Forcément, cela donne une idée du ton du roman dès ses débuts.
Bien heureusement, certaines seront plus légères et il y aura des histoires d’amour pour plusieurs des personnages. Si cela peut être mignon, j’ai tout de même eu un petit bémol à ce sujet. Pour une des relations développées, les deux protagonistes auront des relations sexuelles. En soit, je n’ai rien contre les scènes de sexe dans un roman, lorsqu’elles apportent quelque chose à l’histoire, ce qui est le cas ici, au début. Cependant, après la première scène du genre, elles ont commencé à se multiplier, sur un intervalle très court et apprendre que les personnages avaient une vie sexuelle très (très) active (vraiment, ils enchaînent sur plusieurs pages) ne m’a plus, alors, semblé si judicieux surtout au vu du nombre de scènes ou de sous-entendus qui se succèdent dans une petite trentaine de pages.

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Sur un point plus positif, il y a un élément que j’ai particulièrement aimé au début de ma lecture. J’ai souvent l’impression que pour rendre un personnage féminin fort, les auteurs vont lui donner les mêmes capacités physiques qu’aux hommes, alors qu’en réalité elles rencontreraient plus de difficultés. Pour Solène, comme pour ses frères et sœurs, chacun ont leurs compétences. Solène va exceller au lancer de couteau, tandis qu’Edwyna est remarquable au tir à l’arc et que leur frère Colin a un excellent niveau en jet de hache. Tous ont leurs propres compétences qui les rendent indispensables au combat sans que cela ne paraisse exagéré.

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Le récit en lui-même est plutôt convaincant. Certains passages sont un peu long, mais je trouve néanmoins qu’ils ont tous leur place et qu’ils permettent de faire avancer l’histoire.
Ahogur étant le premier tome de cette saga, il est normal qu’il serve d’introduction et pose les bases de l’histoire dans sa globalité. On comprend très rapidement que la quiétude qui est présente dans la première partie du récit ne le sera pas toujours, notamment à partir d’un moment charnière du récit qui entraîne un basculement irréversible. On sent que non, la paix n’est qu’illusoire et ce ne sont pas les rumeurs qui convaincront les lecteurs de l’inverse.
L’univers est intéressant, même s’il n’est qu’esquissé dans ce premier tome, on sent qu’il est approfondit sur certains points -par exemple pour les cérémonies du dernier vœu- et on comprend la situation géopolitique et ce que cela sous-entend par la suite.
Cependant, j’ai trouvé, surtout en lisant le résumé, que certains éléments étaient peut-être trop effleurés. En effet, pour ce qui est des « créatures féériques », je suis un peu restée sur ma faim, m’attendant à en voir plus. Elles étaient plus évoquées au travers d’un bestiaire que présentes physiquement dans l’histoire même si elles finiront par faire leur apparition au bout de plus de trois cent pages, mais ne seront pas beaucoup plus évoquées par la suite. Je pense cependant qu’elles auront un rôle plus important dans les livres suivants, mais j’aurais tout de même aimé les découvrir un peu plus dans ce premier tome.

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Pour ce qui est de la plume de l’autrice, malheureusement, il y a plusieurs éléments qui ne m’ont pas vraiment convaincue et qu’on m’ont un peu empêché de me plonger totalement dans l’histoire dès le début.
J’ai notamment eu un problème avec les dialogues, très nombreux et très longs. Il n’est pas rare d’en voir certains constitués d’une bonne dizaine de répliques (voire plus d’une vingtaine), sans qu’il n’y ait d’incises. Ceci, ainsi que la mise en page maladroite des dialogues, s’améliore quelque peu au bout du tiers du roman mais j’ai trouvé dommage que cela n’ait pas été uniformisé puisque ça m’a posé des problèmes de compréhension.
Un autre point un peu fragile est que la narration se fait en « je » au travers du vécu de Solène, mais qu’il arrive parfois qu’elle raconte des événements auxquels elle n’a pas assisté, sans que personne ne lui ai raconté. Ce déséquilibre se retrouve également dans une autre façon, dans le niveau de langage à l’oral comme dans la narration, avec des termes qui me semblaient assez peu inappropriés dans un monde dit médiéval.
Néanmoins, il y a tout de même du positif dans l’écriture, sinon je ne serai pas parvenue jusqu’à la fin de ma lecture. L’attachement aux personnages le prouve dans un premier temps et les scènes de combats, ou d’apprentissage des langues étrangères étaient bien rédigées.

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Pour finir, je dirai que je suis vraiment mitigée par ma lecture d’Ahogur. Il y avait de très bonnes idées mais la forme ne m’a pas réellement séduite. Je suis donc à moitié enthousiasmée pour lire la suite (puisque je pense que beaucoup des éléments effleurés y seront développés et que l’autrice a l’air d’avoir une très belle imagination) et dubitative selon le tournant que l’histoire peut prendre (notamment le fait que Solène va partir et que là où elle se rendra, sa couleur d’yeux et de cheveux la différenciera grandement des autres et que certains nobles cherchent à avoir ces caractéristiques).

Petite information intéressante :
– Il existe une page facebook pour la communauté des fan d’Ahogur.

Ahogur
Autoédité
Publication 2017
463 pages

Connaissez-vous Ahogur ? L’avez-vous lu, ou toute la sage ? Comptez-vous le faire ?

A très bientôt pour un nouvel article !
Brybry’

La fille dans l’écran – Manon Desvaux, Lou Lubie

Une amie m’a prêté cette bande-dessinée et je comptais la feuilleter un peu tous les jours, bien tranquillement. Bilan : je me suis plongée dedans et je l’ai dévorée en une petite soirée. La fille dans l’écran est une histoire moderne qui mérite d’être lue au moins une fois.

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Quelques mots sur les scénaristes et dessinatrices :
Manons Desvaux et Lou Lubie se sont rencontrées il y a plus de dix ans. La fille dans l’écran a été dessiné et écrit à quatre mains.

Manon Desveaux est diplômée du « Animation workshop » au Danemark. Elle est spécialisée en bande-dessinée et storyboard. La fille dans l’écran est sa première bande-dessinée.
Lou Lubie est dessinatrice et scénariste de bandes-dessinées. Elle a fondé le forum Dessiné. Elle a publié six autres livres, comme Goupil ou face ou encore L’île au temps suspendu.

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Résumé : Coline vit en France et rêve de devenir illustratrice. Ses recherches d’inspiration la conduisent à contacter Marley, une photographe installée à Montréal.
De son côté, Marley a abandonné sa passion pour la photo pour se laisser porter par une vie sociale trépidante : un job alimentaire, un amoureux québécois…
Les deux jeunes femmes que tout oppose vont tisser sur internet un lien plus fort que la distance et le décalage horaire, qui va grandir de façon troublante jusqu’à la rencontre…

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La fille dans l’écran est une bande-dessinée particulièrement moderne. J’ai personnellement vécu des situations très semblables, aussi, elle m’a bien touchée sur certains thèmes. Avec internet et les réseaux sociaux, je pense que, de nos jours, énormément de gens pourraient vivre une histoire similaire. Pour autant, si elle pourrait être considérée comme ordinaire, elle n’en est pas moins divertissante.

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On va suivre deux personnages, une vivant au Canada, l’autre en France. Après le premier contact initié par Coline, les jeunes femmes finiront par se parler de plus en plus, à développer leur lien tout en se confrontant à plusieurs problèmes, comme celui du décalage horaire par exemple.
Les deux protagonistes ont des caractères et des vies différentes mais sont également semblables sur certains points (leur côté créatif par exemple). Leurs environnements différents permettent d’aborder plusieurs problématique. D’un côté, on a donc Coline qui a notamment des problèmes qui l’empêchent de profiter mais surtout de se fondre dans le moule et d’avoir une vie qu’on pourrait qualifier de « modèle« , correspondant notamment aux attentes de sa mère. Marley fait face à d’autres questionnements. Si elle était allée initialement au Canada pour faire de la photographie, quatre années plus tard, elle travaille toujours au café et se sent parfois en décalage avec son compagnon.
Les personnages vont évoluer au fil des pages, que ce soit Coline et Marley, mais également leur entourage. Certains sont bienveillants tandis que d’autres sont plus déplaisant mais nous ne sommes pas à l’abri d’un ou deux retournement de situation à la lecture.

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On peut se reconnaître dans beaucoup de petites scènes qu’il est. Par exemple, une tentative de Skype avec nos parents et ceux-ci qui ne s’en sortent pas très bien, notamment quand il s’agit d’être face à la webcam, ou encore les mails que l’on va réécrire trois fois parce qu’on est incertain sur la formulation…
Pour ce qui est de rencontrer pour la première fois des personnes connues sur internet, c’est également très véridique : la peur de les décevoir, de gâcher la relation, de ne pas être intéressant… J’avoue que certains passages étaient bien amusants à lire à ce sujet et je me suis dit que c’était tout à fait plausible.

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La mise en page est très bien réfléchie, puisqu’il existe souvent un lien entre la partie de Coline et celle, juste en face de Marley et tout cela permet à la lecture d’être plus interactive. Une partie des textes est constituée de la retranscription des mails et sms ce qui la rend très rapide à lire.
Les deux styles graphiques se marient très bien entre eux. Les deux dessinatrices ont chacune dessinée les parties de leur personnage, mais leur travail complimente celui de l’autre sans le noyer. Au premier coup d’oeil, il n’y a pas de réelle différence, si ce n’est pour la coloration, avec la partie de Coline plus monochrome que celle de Marley. Certaines des illustrations sont plus travaillées que d’autres, mais mêmes dans celles qui sont moins approfondies, il y a on ne voit pas réellement de différence au premier coup d’oeil, si ce n’est qu’une partie plus en n&b que l’autre. Certaines illustrations, en fond, sont plus travaillées et il y des détails plutôt amusant se cachent dans certaines cases que l’on voudrait survoler.
Le livre en lui même est de très bonne qualité, avec une impression sans défauts et aussi avec des pages bien épaisses et solides.

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Une fois l’histoire terminée il y a une petite partie bonus que j’ai beaucoup apprécié et qui nous parle de la mise en oeuvre du projet. J’ai trouvé le passage expliquant comment Manon Desvaux et Lou Lubie s’y étaient prises pour travailler à quatre mains sur toutes les illustrations où leurs deux personnages apparaissaient particulièrement intéressant et peut-être enrichissant pour les lecteurs qui auraient un projet de ce genre.

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La fille dans l’écran a été pour moi une très bonne découverte, une lecture sans aucune prise de tête. Je pense que beaucoup de personnes jeunes, qui utilisent souvent internet et ont des amis partout dans le monde (voire dans le même pays) pourront facilement faire un parallèle entre cette histoire et la leur. Aussi, cette bande-dessinée peut parler à toutes celles et ceux qui ont l’impression de suivre un chemin professionnel qui ne leur conviendrait pas.
En bref, c’est une lecture distrayante et simple, mais avec un peu plus de profondeur qu’on ne pourrait le croire initialement.

La fille dans l’écran
Editions Marabout
Publication 2019
192 pages

Avez-vous lu La fille dans l’écran ? Vous reconnaissez-vous dans ces histoires de relations à distance ?

A très vite pour un prochain article !
Brybry’

Vert-de-Lierre – Louise le Bars

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de roman gothique alors que j’adorais ce genre d’ambiance. Vert-de-Lierre m’a permis de m’y replonger tout en développant un récit où le fantastique est lui aussi présent, offrant ainsi une atmosphère sibylline mais avec une douceur végétale toute relative…

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Merci aux éditions Noir d’Absinthe pour leur confiance pour ce Service Presse !

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Quelques mots sur l’autrice :
Louise Le Bars est une jeune autrice qui a toujours aimé les histoires, contes et légendes. Enfant, elle s’inventait déjà des aventures avant de s’endormir et a commencé à écrire dès le très jeune âge de six ans. Elle a fait des études en Lettres Modernes, ce qui semble tout naturel vu son penchant créatif.

Louise Le Bars a publié deux livres pour enfants -peut-être pour faire rêver ceux-ci comme elle le faisait elle-même plus jeune- La petite fille qui chatouillait les étoiles et Le prince sans sourire. Son premier roman, Vert-de-Lierre, a d’abord été auto-édité avant d’être publié aux éditions Noir d’Absinthe.

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Résumé : Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre.
À quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

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L’idée de base du roman, celle de l’auteur ayant besoin de recul pour retrouver l’inspiration est assez ordinaire, mais, bien heureusement, son traitement et le développement du récit sont bien loin de rester sur les sentiers battus.

L’histoire se dévoile petit à petit, directement au travers des yeux d’Olivier, puisqu’il en est le narrateur direct. Celui-ci retourne dans la maison de sa grand-mère après son décès dans l’espoir de retrouver l’inspiration. Il a beau être un écrivain reconnu, impossible pour lui d’écrire un roman. Il va donc se pencher sur une légende locale, celle concernant le Vert-de-Lierre. Mythe raconté pour que les enfants soient sages, ou histoire réelle ? Olivier devra faire bien des recherches pour connaître la vérité sur ce sujet mystérieux. Mais sa rencontre avec l’étrange Dahlia Midwinter changera la donne. « L’Anglaise » comme elle est nommée par les habitants, vit recluse, et d’étranges rumeurs circulent sur elle. L’apparition ensuite de sa nièce Rose bouleversera aussi Olivier. Tous deux discuteront, et lorsque la jeune femme apprend qu’elle est face à un auteur, elle lui confiera son propre manuscrit.

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Les deux histoires se superposent et c’est avec plaisir que je les ai toutes les deux appréhendées, mais je dois avouer avoir été notamment conquise et convaincue par le roman écrit de la main de Rose.
En plus de la beauté de la plume, l’histoire est intrigante. L’action arrive rapidement, avec un fond et une aura de mystère qui perdureront jusqu’au bout. Certains passages de cet ouvrage sont assez durs, Mary, l’héroïne -si on peut l’appeler ainsi- n’étant pas épargnée par la vie, notamment avec la répétition de certains événements bien tragiques. Je me suis rapidement attachée à ce personnage, qui se bat pour survivre mais qui n’est pas sans abdiquer parfois lorsque les situations la dépassent.
La vie d’Olivier n’est pas non plus dénuée d’intérêt, loin de là. On apprend à le connaître progressivement, on le voit évoluer dans un village où ses recherches et questionnements ne sont pas toujours les bienvenus. Plus calme, cela offre un certain repos au lecteur, surtout lorsque les extraits du roman de Rose sont éprouvants. Le dénouement de cette histoire est assez remarquable, même s’il est facile pour le lecteur d’en deviner certains points. Néanmoins, ce n’est pas avant la scène finale que tous les éléments du récit se complètent et font sens.

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On touche très rapidement au fantastique dans cette histoire, puisque dès le début, nous apprenons qu’Olivier, comme une grande partie des membres de sa famille avant lui, possède un don de clairvoyance. Ce premier pas dans le fantastique est d’autant plus renforcé par la légende du Vert-de-Lierre. Entre les personnes qui affirment -expérience à l’appui- que ce n’est pas un mythe mais une réalité, les quelques traces écrites sur cette figure mystérieuse et une rencontre effrayante d’Olivier dans le château de Mont-Drienne, on finit par penser nous aussi que ces histoires prennent racine dans des faits véridiques. Mais on ne peut que se demander jusqu’à la toute fin ce qu’il en est réellement, et surtout qui est ce Vert-de-Lierre en réalité ?

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Pour ce qui est de Mary, l’héroïne du roman de Rose, j’ai trouvé le personnage très bien traité. Si elle a ses qualités, elle a aussi ses défauts et elle évolue de façon cohérente tout au long de l’histoire. On s’attache pour elle tout comme on craint pour elle, surtout quand les éléments se font de plus en plus clairs.
Olivier également est un personnage consistant. S’il ne fait pas toujours preuve de prudence ou de rationalité, on comprend d’où cela vient. On compatit avec lui, ses problèmes et l’on vit ses doutes en même temps que lui. Ce n’est pas un personnage brouillon, désagréable, ce qui permet de s’immerger dans l’histoire et de le suivre sans rechigner.
Mon ressenti sur Dahlia et sur Rose était forcément un peu biaisé puisqu’elles sont toutes les deux vues au travers d’Olivier, et donc avec sa perception bien à lui. J’ai tout de même réussi à m’en défaire un peu, essayer d’adopter un point de vue un peu plus neutre pour m’en faire une idée moi-même.

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Si, sur la grande partie de l’histoire, je n’ai rien à redire en ce qui concerne la cohérence, j’avoue que certains points m’ont un peu perturbée sur la fin.
En effet, j’ai été surprise de la réaction d’Olivier qui n’avait pas l’air de comprendre certains points, alors que le lecteur les avait découverts en même temps que lui et qui me semblaient être plus que flagrants.

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L’ambiance générale du roman m’a beaucoup plu et elle m’a rappelé certains romans classiques de la littérature gothique anglaise. Si l’atmosphère est parfois lourde au vu des événements relatés, elle peut aussi se faire plus agréable à lire, plus poétique. Je pense tout particulièrement aux situations où tout ce qui touche au végétal est mis en avant ou encore les descriptions, celles de Rose par exemple.
L’écriture de Louise Le Bars est élégante, raffinée et recherchée. Très intelligente, elle y mêle des références et est très juste sur certains thèmes spécifiques. Les descriptions enrichissent le texte et nous permettent de nous projeter facilement dans le récit.

Vert-De-Lierre
Editions Noir d’Absinthe
Parution 2019
176 pages

Avez-vous lu ce livre ? Pouvez-vous deviner qui est le Vert-De-Lierre ?

A très vite pour parler d’une nouvelle lecture !
Brybry’ !

L’enfant du Tsunami – Eva Kopp

Cela ne fait pas encore dix ans qu’un tsunami a ravagé les côtes japonaises, faisant des milliers de morts, un grand nombre de disparus et engendrant une catastrophe nucléaire de grande ampleur. L’ouvrage d’Eva Kopp, L’Enfant du Tsunami, met en scène plusieurs personnes touchées par cette vague.

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Merci à Eva Kopp pour sa confiance pour ce Service Presse !

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Quelques informations sur l’autrice
Eva Kopp est née en 1981 en Alsace. Si elle a eu plusieurs métiers qui touchaient à la littérature, puisqu’elle a été scénariste, rédactrice pour la presse régionale ainsi qu’autrice-illustratrice, elle a également travaillé en tant qu’infographiste, et animatrice radio. Elle est consciente qu’il est important et même urgent de prendre soin de la planète.
Le 10 mars 2011 elle rêve d’une vague immense et elle se réveillera sur les images terrifiante du ras-de-marée touchant les côtes du Japon.
L’Enfant du Tsunami est son premier roman. Elle a également publié un recueil de nouvelles intitulé Cueillir les fleurs du silence : Nouvelles du Japon.

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Résumé : 11 mars 2011, Japon sur l’île d’Honshū, préfecture de Miyagi.
D’une main distraite, Junko caresse le chat gris aux longues moustaches qui ronronne paisiblement sur ses genoux. Soudain elle sent son petit cœur s’affoler comme s’il cherchait à s’échapper de son enveloppe de félin. Ses griffes jaillissent des coussinets. Il bondit et se met à tourner à toute vitesse sur les murs qui s’effritent à chacun de ses passages. 
Junko a compris. Tout est clair à présent, un rouage invisible s’enclenche dans sa poitrine. Elle en a rêvé il y a deux jours : une immense vague. Gigantesque, dans un grondement démentiel. Avec des hurlements et des craquements comme si les charnières de la Terre elle-même semblaient céder… céder comme quoi d’ailleurs ?

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Afin d’écrire son roman, Eva Kopp a fait des recherches durant cinq années. Ce travail de documentation est visible à la lecture, avec des informations distillées ici et là, tant au niveau du tsunami en lui-même que sur d’autres éléments, les retombées nucléaires, la réaction du gouvernement japonais, les équipes scientifiques qui ont travaillé dessus… L’Enfant du Tsunami, en plus de raconter une histoire, instruit le lecteur, sans le perdre.

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La forme de L’Enfant du Tsunami peut surprendre au début, puisqu’il s’agit d’un roman choral, et que des points de vue différents se succèdent à chaque nouveau chapitre. S’il peut falloir au lecteur quelques temps pour s’adapter et bien identifier chacun des personnages présents, on finit par être capable de remettre un nom sur un récit assez rapidement.

Deux axes principaux sont abordés : un au Japon autour du personnage de Junko, et un en France, autour de celui de Néthanel. On découvre au passage leurs familles, mais on ne s’éparpille pas trop, et ce choix dans l’écriture permet de nous faire vivre les événements de plusieurs façons différentes en illustrant comment elles ont été touchées par le tsunami mais aussi de voir tout cela d’une manière plus approfondie.
Bien entendu, tous ces chemins différents s’effleurent, se frôlent, se croisent, sur quelques pages, ou jusqu’à la fin du roman. Je dois dire que c’est particulièrement plaisant lorsque l’on constate qu’enfin, les histoires de chacun finissent par se recouper et que tout prend sens.

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Tout ne s’arrête pas après la catastrophe, bien au contraire : celle-ci est le point de départ. Comment se reconstruire quand notre vie à presque été totalement détruite ? Comment continuer à vivre quand le désastre est si ancré en nous ?

Les personnages sont attachants, on a envie de connaître leur histoire, comment ils réagissent suite au tsunami, les nouvelles épreuves qu’ils doivent affronter, ce qu’ils deviennent.
Junko, par exemple, vit dans le département de Miyagi, touché de plein fouet par le tsunami, avec son grand-père, agriculteur. En plus de suivre les chemins de ces deux personnages, on découvrira, au fur et à mesure Hakao, le fiancé de Junko, vivant dans une autre ville de l’archipel. Tous prendront des voies différentes, mais toujours avec l’ombre du ras-de-marée qui aura influencé leurs choix.
A l’autre bout du monde, on découvre Achille et Maïwen, dont la vie bascule après qu’ils recueillent Néthanel, l’enfant du tsunami, âgé de dix mois, dont les parents ont péri submergés par la vague.
Un des personnage, qui n’est rattaché à aucun de ceux cités précédemment, est bien réel, puisqu’il s’agit de Hanyû Yuzuru. En plein entraînement au moment où le séisme a eu lieu, il a dû s’enfuir de la patinoire. Trois ans plus tard, il remportait sa première médaille d’or aux Jeux Olympiques de Sotchi.

Les caractères et personnalités de chacun sont bien différents et permettent d’avoir plusieurs points de vue et de développer divers aspects de la catastrophe. En effet, l’autrice ne se restreint pas à un seul parcours possible, mais en développe de nombreux, entre les individus qui décident de se sacrifier pour essayer de préserver les générations futures, les innovateurs qui cherchent des alternatives à l’énergie nucléaire ou encore toutes les populations déplacées qui subissent une discrimination suite à la catastrophe.

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L’Enfant du Tsunami se lit extrêmement facilement. Les passages s’enchaînent bien et on a du mal à décrocher, notamment parce qu’ils sont courts et qu’on a toujours envie de connaître la suite, surtout parce qu’on ne suit pas la vie des individus en continue. Il y a toujours une certaine logique dans le déroulement, et l’on suit un fil conducteur que l’on a juste envie de dérouler jusqu’au bout. A chaque nouveau passage, on retrouve au début la date et le lieu où se déroule l’histoire, ce qui permet de se situer dès la première ligne.
J’aurais cependant un petit bémol à émettre au sujet des dialogues. J’ai trouvé que certains étaient un peu superflus mais aussi trop longs.

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Eva Kopp joue avec le lecteur. Elle l’interpelle, rend la lecture presque interactive, nous interrogeant directement tandis qu’elle nous expose des situations, réelles ou non.
La plume de l’autrice varie. Tantôt pédagogue, tantôt interrogatrice tantôt poétique. Certains passages, notamment ceux mettant en scènes des rêves sont très lyriques, très imagés et délicieux à lire.

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Ma lecture de L’Enfant du Tsunami m’a laissé une impression particulière. La catastrophe reste récente, et je me souviens avoir regardé en boucle les chaînes d’informations pour me tenir au courant des événements. Le nombre de morts, de disparu, l’accident nucléaire qui ont suivi ne peuvent que toucher les gens et lire sur ce sujet, d’autant plus qu’il est bien traité remue forcément un peu.

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J’ai trouvé que l’autrice se penchait sur le sujet avec justesse. On ressent toute la documentation qui a été faite en arrière et qui rend toute l’histoire bien crédible. Je suis particulièrement contente de ne pas être tombée sur un livre qui aurait été caricatural du Japon et de la réaction des japonais suite à la catastrophe de Fukushima.
Ce roman est parfois dur à lire, vu les événements qu’il relate, mais je le trouve nécessaire pour prendre conscience d’une partie des faits qui en ont découlés.

L’enfant du Tsunami
Editions Pierre Philippe
Parution 2018
75 pages

Avez-vous lu l’Enfant du Tsunami ? Un autre livre parlant d’une catastrophe telle que celle de Fukushima ?

A très vite pour un nouvel article !
Brybry’