Qui a peur de la mort – Nnedi Okorafor

Deux de mes amies m’ont présenté Qui a peur de la mort, en utilisant à peu près les mêmes termes : attention, ce n’est pas une lecture qui laisse indifférent. Et je ne peux que leur donner raison.

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Quelques mots sur l’auteure :
Nnedi Okorafor est une nigérienne-américaine née en 1974 à Cincinnati, aux Etats-Unis. Professeure d’écriture créative et détentrice d’un doctorat en anglais, elle écrit tant des livres pour adolescents que pour adultes. Elle publie notamment des ouvrages de science-fiction et de fantasy. Remarquant et regrettant le manque de diversité dans les récits de ces genres, elle décide de rédiger ses histoires avec l’Afrique comme lieu d’intrigue et avec des personnes de couleurs dans des rôles habituellement tenus par des personnes blanches.

Actuellement, le seul ouvrage de Nnedi Okorafor a avoir été traduit en français est Qui a peur de la mort, mais on peut trouver une traduction de son recueil de nouvelles Kabu, Kabu suite au financement participatif organisé par Les Editions de l’Instant.
Ses ouvrages ont été primés plusieurs fois, et Qui a peur de la mort a reçu le World Fantasy Award en 2011.

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Résumé : Dans une Afrique post-apocalyptique, la guerre continue de faire rage. Enfant du viol, rejetée par les siens du fait de sa peau et ses cheveux couleur de sable, Onyesonwu porte en elle autant de colère que d’espoir. Seule sa mère ne semble pas étonnée lorsqu’elle se met à développer les prémices d’une magie unique et puissante. Lors de l’un de ses voyages dans le monde des esprits, elle se rend compte qu’une terrible force cherche à lui nuire. Pour en triompher, elle devra affronter son destin, sa nature, la tradition et comprendre enfin le nom que sa mère lui a donné : Qui a peur de la mort.

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Il faut le dire, la première partie du récit est difficile à lire et le résumé en quatrième de couverture nous met dans l’ambiance avant même que la lecture ne commence.

Le peuple des Okekes, puni pour des faits anciens, est asservi par celui des Nurus et survit tant bien que mal en plein génocide. Massacres et viols sont fréquents et c’est dans ce contexte sordide que l’héroïne a été conçue. La couleur de peau d’Onyesonwu montre son héritage et les conditions de sa naissance et elle est donc catégorisée en tant qu’ewu. Sa différence l’exclue : enfant née de la violence, la superstition veut qu’elle engendre le mal autour d’elle. La scène du viol est racontée sur plusieurs pages, et les lire m’a laissé longuement une boule au ventre. Ce n’est pas le seul passage violent du livre, puisqu’un chapitre se concentre sur le onzième rite que vivent les jeunes filles et qui consiste en leur excision.
Onyesonwu va subir de nombreuses discriminations au long de son parcours, et pas uniquement à cause de ses origines. Désireuse de maîtriser sa magie et ses transformations pour affronter son père biologique, elle se retrouvera confronté au refus du sorcier de village de lui enseigner son savoir, puisqu’elle est une femme. Mais ceci ne suffira pas à la faire changer d’avis.

Bien heureusement, Nnedi Okorafor ne tombe pas dans le cru avec comme seul et unique but de choquer le lecteur en écrivant sur ces thèmes violents. Ils ont un rôle et une raison d’être dans le récit. Mais il faut tout de même noter que l’ambiance du livre n’est ni joyeuse ni légère. Si cela change un peu lorsque la quête d’Onyesonwu débute réellement, ces sujets gardent toujours une place centrale dans le récit.

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Plusieurs petites histoires vont se mêler et se démêler au fil du récit. On retrouvera des personnages évoqués simplement, des passages dans des royaumes mystérieux, un récit légendaire en arrière plan… Le parcours d’Onyesonwu nous fait également voyager et découvrir avec elle d’autres peuples, d’autres façons de vivre loin des massacres. Tout cela permet de construire et de consolider l’univers de l’ouvrage. Bien souvent, ce ne sont pas des histoires heureuses, même si certaines ont des petites touches d’espoirs en elles.

Les personnages principaux autour d’Onyesonwu ont chacun leur caractère, leur histoire et pour la plupart, leurs souffrances, plus ou moins grandes.
On peut suivre leur développement au fur et à mesure de l’histoire, et leur façon d’agir. Les femmes, particulièrement, font preuve de beaucoup de force. En tant qu’héroïne et meneuse, Onyesonwu est emplie d’une colère, légitime et compréhensible. Elle fait tout de même preuve de beaucoup de force, de courage et de détermination. Cependant, j’aurais aimé apercevoir une évolution de son caractère, de sa façon de faire, au fil du roman ce qui n’a pas été le cas.
Bien que ces personnages ne soient pas toujours en accord, la quête pesant sur eux, les liens qu’ils créent, qu’ils soient amoureux ou amicaux, offrent des moments plus légers et d’apaisement bienvenus dans ce roman qui reste dur.

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Même si on a peu d’informations sur le lieu précis de l’intrigue, on devine qu’elle se déroule en Afrique. Je dois bien avouer que c’était une première pour moi de lire un roman avec une histoire s’y déroulant. Si c’est regrettable et qu’il est impossible de découvrir toutes les facettes culturelles d’un continent en une lecture, cela m’a aussi donné envie d’en apprendre plus, et je suis ravie de Nnedi Okorafor ait eu cette motivation en écrivant ses livres.

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J’ai lu le livre très rapidement, en quelques jours. Le style est facile à lire, sans excès de fioritures, mais sans non plus être simpliste, bien au contraire. Nnedi Okorafor sait utiliser les mots, les tournures qui marquent l’esprit du lecteur, même dans ses phrases les plus courtes. Dans la même optique, les chapitres sont courts et s’enchaînent vite. Il n’y a pas eu de longueurs à mon goût (j’ai lu quelques avis qui différaient sur ce point), j’ai personnellement trouvé que les dernières pages arrivait un peu trop vite, et je n’ai pas été certaine de comprendre la fin à ma première lecture.
Le récit est écrit ici à la première personne. D’habitude, cela me rebute un peu et me demande quelques efforts pour me plonger dans ma lecture. Ici, si ce n’est pour les premières lignes, je n’ai pas eu besoin de longtemps pour m’adapter.

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Petite information intéressante :
– Le roman est en cours d’adaptation en série par HBO, avec  G.R.R. Martin comme producteur.

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Je ne sais pas encore si je relirai Qui a peur de la mort dans son intégralité. J’ai adoré cette lecture qui était une très belle découverte pour moi, bien que je ne la qualifie pas de coup de cœur. Cependant, j’ai trouvé certains thèmes abordés et les passages les traitant douloureux à lire, donc il est probable que je survoles ces quelques pages la prochaine fois. De même, s’attacher à certains personnages peut être un peu risqué, vu l’univers dangereux dans lequel ils évoluent. Mais s’il est une chose certaine, c’est que j’ai ressenti une multitude d’émotions lors de ma lecture.
Quoiqu’il en soit, je lirai très certainement les autres livres de Nnedi Okorafor pour me plonger un peu plus dans son univers, pas si éloigné du nôtre et de sa cruauté finalement…

Qui a peur de la mort
Edition Le livre de poche
Parution 2018
600 pages

A bientôt pour un prochain article,
Bry’


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