Des milliards de tapis de cheveux – Andreas Eschbach

Ce livre est juste un coup de coeur absolu, que j’ai dévoré de la première à la dernière page. L’intrigue et ses mystères se dévoilent au fil des chapitres, et même si l’on trouve une souffrance indéniable dans ce récit, on ne peut passer au dessus de la poésie qui s’en dégage.

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Quelques mots sur l’auteur :
Né à Ulm en 1959, Andreas Eschbach est un écrivain majeure de la science-fiction allemande. Il fait des études dans l’aérospatial et entame une carrière de développeur informatique avant de devenir cadre.

Andreas Eschbach a toujours eu un pied dans l’écriture, ses premiers textes ayant été rédigés dès ses onze ans. Fait assez exceptionnel et remarquable pour un écrivain, c’est dès la publication de son premier roman en 1995, Des milliards de tapis de cheveux, qu’il peut vivre de sa plume. Le livre a été traduit en plusieurs langues, ce qui ne s’était pas produit pour un ouvrage de science-fiction allemand depuis 18 ans.
Auteur prolifique, Andreas Eschbach a publié une dizaine de romans, dont certains destinés à la jeunesse, des nouvelles, ainsi que les séries Jésus Vidéo, Le Projet Mars et Le Sanctuaire. Ses ouvrages ont récolté dix-sept prix.
Ses traductions françaises ont été publiées par la maison d’édition l’Atalante.

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Je pense qu’on peut s’arrêter quelques secondes, juste pour admirer la couverture.

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Résumé : N’est-ce pas étrange qu’un monde entier s’adonne ainsi au tissage de tapis de cheveux ? L’objet en est, dit-on, d’orner le Palais des Etoiles, la demeure de l’empereur. Mais qu’en est-il de l’Empereur lui-même ? N’entend-on pas qu’il aurait abdiqué ? Qu’il serait mort, abattu par des rebelles ?
Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles brilleraient-elles encore au firmament ?
L’Empereur, les rebelles, des milliars de tapis de cheveux; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Etoiles, et jusqu’au Palais des Larmes sur un monde oublié…

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Ce livre a été un coup de coeur tellement immense que je ne sais même pas par où commencer.

Le fond de l’histoire est mélancolique, dur, voire cruel, bien que l’auteur, avec sa plume, laisse de nombreuses notes poétiques au passage. L’univers développé dans Des milliards de tapis de cheveux est rude, avec un monde entier qui révère et honore un empereur immortel comme on honore un dieu, à chaque instant de leur existence. Quiconque émettrait des doutes sur l’excellence de l’empereur sera traité en hérétique et en subira les conséquences.

Aussi, lorsque la nouvelle de sa mort se répand, le doute s’empare des individus et il est bien difficile pour les habitants, qui vivent dans la crainte, de démêler le vrai du faux ou même d’oser écouter ces rumeurs tant on veut croire au contraire.  

Cette intrigue se mêle à celle, plus omnisciente des tapis de cheveux. Travail et sacrifice de toute une vie, effectué de père en fils depuis des génération, le commerce de ces biens précieux modèle la vie des habitants de la planète jusque dans l’intime. Les tisseurs consacrent leurs vies à leur tapis, utilisant les cheveux de leur femme et concubines pour les tresser. Ils ne peuvent avoir qu’un garçon par famille, et si un deuxième devait naître, il n’aura pas la chance de rester vivant. Au delà des tisserands, l’existence n’est pas forcément plus douce. Les marchands bien que riches, ont des quotas à respecter sans quoi ils mourront et doivent faire face à une rude concurrence. Pour les femmes qui n’ont pas de beaux cheveux, il est difficile de faire un bon mariage, et pour tous, penser en dehors de la norme est synonyme de danger.

Il faudra attendre le dernier chapitre pour comprendre l’histoire dans son ensemble et découvrir l’origine des tapis de cheveux et la raison de leur naissance. A la lecture, au premier aperçu, elle peut sembler être complètement aberrante, mais lorsque l’on prend un peu de recul, que l’on réfléchit aux conséquences de leur création et des souffrances que cela engendre, on réalise toute la démesure de la chose, et le dénouement n’en est que plus percutant.

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La forme a une originalité notable : chaque chapitre se focalise sur un personnage en particulier, et jamais on en trouve un écrit du point de vue de la même personne. Néanmoins, parmi tous les individus que l’on suit dans l’histoire, il en est quelques uns qui apparaîtront plusieurs fois, sous un angle différent, tantôt en personnage principal d’un chapitre, tantôt vu au travers des yeux d’un autre. Il est donc difficile de parler de personnage principal, bien que certains, Nillian et Jubad par exemple, possèdent la carrure du héros.

Ce choix de l’auteur permet de laisser planer le mystère de l’intrigue, tout en l’alimentant ici et là de petits indices qui se dévoileront et prendront tous leurs sens lorsque l’on s’approchera de la fin du livre.

Autour de l’Empereur, évoqué à de très nombreuses reprises, plane une aura de mystère. Qui est-il réellement ? Est-il possible qu’il existe un simple homme qui vivrait depuis des dizaines de milliers d’années, dans un palais au centre des étoiles ? On pourrait croire à une simple légende, et pourtant, le personnage est là, intriguant, intelligent, envoûtant et même ses ennemis ont du mal à l’affronter. Avec les mots employés par Andreas Eschbach pour le décrire et raconter son histoire, il est dur de ne pas le trouver impressionnant.  

Nous sommes au service de l’Empereur.
Sa parole est nôtre. Sa volonté est nôtre.
Sa colère est terrible. Il ne pardonne pas, il punit.
Et sa vengeance est éternelle.

Même si on ne reste jamais longtemps auprès des personnages, cela n’empêche pas que l’on s’attache à eux et que l’on tremble pour eux. Le format des chapitres change peu, avec une partie introductive sur les personnages, le lieu ou la situation, un développement sur plusieurs pages et une chute dans les derniers paragraphes. Les histoires, pour la plupart, portent une grande part de souffrance en elles, et très peu d’espoir. Je ne sais pas combien de fois j’ai eu un coup au coeur en arrivant en fin de chapitre, lorsqu’en quelques lignes je comprenais l’enjeu qui avait été développé sur plusieurs pages.

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La narration changeante apporte une dynamique certaine au récit, et un renouveau permanent de l’écriture. La lecture est donc tout particulièrement prenante, et vivre l’histoire de points de vue parfois radicalement opposés permet de se faire un avis et de prendre conscience de tous les enjeux que cache la création des tapis de cheveux. Cela rend la lecture particulièrement prenante et les chapitres s’enchaînent vite. Certains d’entre eux sont courts et ne donnent qu’une envie, se plonger dans la lecture du suivant.

L’univers est bien travaillé, précis et innovant. On peut voir à quel point l’auteur a été minutieux lors de son élaboration. Chaque détail a sa place, sa raison d’être. Les personnages sont tous là pour une bonne raison, que ce soit pour relancer l’intrigue ou pour enrichir un peu plus l’univers. Rien n’est révélé trop rapidement, et des découvertes sont distillées au long de l’histoire, pour ne pas trop nous faire languir en attendant la révélation finale.

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Une petite anecdote :

– A l’origine, Des milliards de tapis de cheveux n’était pas un roman, mais simplement une nouvelle, écrite en une journée, pour une petite revue. C’est en rencontrant l’éditeur et en discutant avec lui, cinq années plus tard, qu’Andreas Eschbach s’est dit qu’il tenait peut-être quelque chose et qu’il décida de travailler l’univers pour en faire un roman.

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Il ne fait absolument aucun doute quant à ma relecture de ce livre. Cela faisait depuis très longtemps que je n’avais pas eu de coup de coeur comme celui-ci et que je m’étais plongée aussi intensément dans une lecture.
Je pense aussi que connaître le dénouement, la raison de l’existence de ces tapis pendant ma relecture lui apportera encore plus de profondeur.

Des milliards de tapis de cheveux
Editions L’Atalante
Parution 2016
316 pages

J’espère que cet article vous aura plu et donné l’envie de découvrir l’univers de ce livre !

A très bientôt, pour un nouvel article.
Passez une jolie journée,
Brybry.


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