Les Bras de Morphée – Yann Bécu #Plib2020

Les bras de Morphée est un livre qui faisait partie des préselectionnés du PLIB. S’il n’a pas passé cette étape, je l’ai tout de même lu… et je n’en regrette pas la moindre page !

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Résumé : Voici un futur proche où l’on veille en moyenne quatre heures par jour. En amour, à l’école, au travail, la routine a forcément l’allure d’un sprint : faire vite, faire court, ne pas trop ramener sa fraise… Trois lois sacrées que Pascal Frimousse profane au quotidien. Professeur de français désoeuvré, il a dû se recycler. Avec 12 heures de veille, il est une perle rare. Toujours fauché, souvent libre… Tuer le temps, c’est son nouveau gagne-pain. Allongez 100 écus, glissez-lui le nom de votre ennemi, il se charge du reste : Frimousse est troll professionnel. Un des meilleurs. Vous pourrez dormir sur vos deux oreilles.

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J’ai commencé ce livre sans aucune idée sur lui, ne connaissant pas l ‘auteur et ayant à peine survolé le résumé, plusieurs jurés du PLIB en parlaient en termes élogieux et j’ai donc décidé de commencer ma petite lecture à mon tour.

Je dois avouer que j’ai beaucoup rit. La situation de base est assez inquiétante, plutôt sérieuse et pourtant, c’est l’humour qui règne et qui domine. L’écriture n’est pas la plus recherchée, on pourrait même la qualifier de vulgaire par moment, mais c’est précisément ce qui m’a happé. Même si, avec le côté oral, il est facile de se plonger dans l’histoire, la plume de Yann Bécu est bien plus intelligente que ce que l’on pourrait croire à la lecture des premières pages. De nombreux jeux de mots arrivent, les chutes sont souvent inattendues, burlesques, décalées et ne peuvent que nous faire sourire.

Malgré tout, il y a aussi des passages plus sérieux, peut-être même un message de la part de l’auteur. Dans cette société où tout le monde est endormi, prendre le temps est devenu un luxe (et on ne va pas se le cacher, c’est aussi le cas dans notre société ). Aussi, quel peut bien être le rôle d’un professeur de français ? Et bien… il devra apprendre à ses élèves à faire les résumés les plus courts possibles des grandes œuvres de la littérature. Un enfant sera turbulent s’il est capable d’en réciter longuement des passages. Le monde à l’envers.
Quelques scènes se sont distinguées à mes yeux, par leur sérieux mais aussi par tout ce qui s’en dégage, comme par exemple, le Roméo et la Juliette de la ville, qui n’ont que quelques secondes d’éveil en commun, où le prêcheur qui hurle pendant les minuscules secondes qui lui sont offertes chaque jour.

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Les personnages ont tous un rôle, une importance, et je n’ai pas eu l’impression qu’ils aient été créés juste pour servir l’intrigue, mais qu’ils ont bien une vraie existence. Le héros, frimousse, n’en est pas vraiment un… mais un peu quand même. Mais pas trop non plus.
Ils sont très nombreux, vu que l’intrigue rebondit à de nombreuses reprises, et il est très dur, au premier abord, de savoir qui fait partie du côté des gentils, de celui des méchants, et finalement… s’il y a vraiment des côtés ? Je n’ai pas eu d’attachement particulier envers les personnages, mais je les ai tous appréciés tout de même. Tous sont bien différents, parfois radicalement opposés, et c’est assez drôle de voir comment Frimousse se comporte face à chacun d’entre eux.

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Comme je l’ai dit, l’intrigue ne suit pas un fil particulier. Bien sûr, Morphée reste au coeur de l’histoire, mais comment lutter contre un phénomène dont on ignore l’origine ? Il s’agit plus de la vie d’un homme pris dans ce phénomène, les changements de la société, que d’une quête absolue pour l’arrêter, bien que l’on s’en approche souvent et que nos héros ont parfois des pistes pour y mettre fin.
La résolution de l’intrigue peut être décevante ou plaisante, chacun pourra se faire son avis. Pour ma part… je dois dire que ce n’est, assez étonnement d’ailleurs, pas ce qui m’a le plus poussé à continuer ma lecture ! J’étais tellement prise dedans que j’avais juste envie de lire ce livre.

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C’était vraiment un bon moment de lecture pour moi, et j’aurais adoré le voir faire partie des 20 sélectionnés ! Un livre très divertissant, mais qui fait tout de même cogiter, avec plaisir.

Et vous, plutôt grand dormeur ou quelques heures de sommeil vous suffisent ? (je suis une vraie marmotte moi). Qu’est-ce que vous feriez si vous n’aviez que quelques heures d’éveil devant vous chaque jour ? Une bonne raison de passer ses journées au lit à lire, non ?

A très vite pour un nouvel article,
Brybry’

 #PLIB2020 #ISBN9782918541653

Célestar – Jeliza-Rose Buzor

Un résumé mystérieux et une couverture qui fait promesse d’une découverte de l’espace… il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour me tenter dans cette lecture, et je ne me suis pas faite prier pour la commencer. La finir fut autre chose.

Disponible ici, ici, ou encore .

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A propos de l’autrice :
Jeliza-Rose Buzor est une autrice française, née en 1990. Si ses études concernaient l’histoire de l’art moderne, ce n’est pas pour autant qu’elle a délaissé la littérature. En effet, la science-fiction et le fantastique sont ses genres littéraires de prédilection, et c’est sur wattpad qu’elle a publié ses récits pour commencer.
Son premier roman, Le monde des rêves, a été publié en 2017.

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Résumé : Emprisonnée dans une pièce blanche, le sujet F/34 revient à elle. Elle n’a aucun souvenir de son ancienne vie, ignore qui elle est et où elle se trouve. Cette salle serait-elle son tombeau ?
Son seul indice : une inscription mystérieuse incrustée dans un mur, 90. Un nombre bien inoffensif. Jusqu’à ce que le compte à rebours commence…

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La couverture de Célestar, ainsi que son résumé m’ont attiré presque immédiatement. Bien que le livre ait des points positifs, cette lecture fut, malheureusement, une déception. Je tiens à préciser que je ne partage qu’un avis personnel sur ce blog, et si ce roman ne m’a pas plu, il conviendra peut-être à d’autres.
Attention également aux spoilers : le résumé étant plutôt court, cette chronique révèle beaucoup de l’intrigue.

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Célestar commence avec beaucoup de mystère, comme promis dans le résumé. On ne sait pas où se trouve Bellara, le personnage principal, et elle-même se pose des questions à ce sujet. Les circonstances, en plus d’être étranges sont très dangereuses et la jeune femme devra survivre à plusieurs épreuves. Le lecteur découvrira à ses côtés le sens de tout cela.

J’ai trouvé plusieurs éléments de ce récit bien travaillés : il existe trois planètes habitables, et ainsi, le vaisseau où se trouve Bellara est divisé en plusieurs sections avec des formations adaptées aux différents climats des nouvelles planètes. Quoi de plus logique, après tout, pour augmenter les chances de survie de l’espèce ? Et à propos d’espèce, un joli plot-twist viendra ajouter du piment à tout cela.
Il y a également un certain nombres de mystères. Si celui de la localisation de Bellara est rapidement soulevé, d’autres viennent s’y greffer, et il faudra du temps avant que toutes les pièces fassent sens, sans compter qu’une histoire de manipulation mentale s’y mêle.

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Cependant, plusieurs éléments m’ont dérangés, et d’autant plus qu’ils se sont accumulés. Pour la plupart, ils concernent le traitement des personnages, notamment le personnage principal, Bellara, qui m’a semblé avoir plusieurs caractéristiques de la Mary-Sue. Leader incontestée sans l’avoir demandé, elle est excellente, -si ce n’est la meilleure- au combat. Elle a quelques défauts, qui sont cependant éphémères et est la grande favorite d’une des intelligence artificielle. Au moins une fois elle est décrite comme étant l’être parfait, et les trois personnages masculins principaux ont des sentiments pour elle, ce qui rajoute forcément une dose de drama, et ce n’était pas ce que j’attendais de cette lecture. Bien entendu, Bellara est magnifique (même si on a des informations précises sur le physique des personnages, par exemple les tatouages, qu’au milieu du livre), et il y a une escalade dans les exemples concernant sa beauté. Elle a des yeux comme nulle autre et sent aussi naturellement bon.
Les personnages secondaires ne sont pas non plus en reste. Les hommes, bien entendu, ont tous une étreinte puissante, presque bestiale, et quand cicatrices il y a, celles-ci souligne leur virilité, et les rend d’autant plus désirables. Ils dominent tous totalement Bellara physiquement, mais se rangent sans discuter à ses ordres.
Pour ce qui est de la foule des autres personnages, j’ai presque eu l’impression qu’ils n’étaient, pour beaucoup, que des faire-valoir. Les intelligences artificielles, heureusement, sortent du lot, même si l’on peut entrevoir un autre triangle, qui semble résonner avec ce qu’il se passe chez les humains. Cependant, qu’elles aient plus d’humanité leur donne également plus de profondeur, donc ce n’est pas un point absolument négatif.

J’ai également eu du mal à concevoir la création rapide de liens entre les humains. En effet, des amitiés très forte se construisent en quelques jours à peine, ce qui est d’autant plus étonnant que tous se rencontrent quelques secondes après s’être rendus compte qu’un meurtre avait eu lieu. Et si, Bellara est au début peu avenante, très vite, après peu d’interaction, elle n’hésitera pas à qualifier deux de ses camarades de « meilleurs amis ». Ce manque de cohérence et le comportement peu linéaire de certains empêche de se lier à eux ou de les comprendre.

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Le rythme ainsi que la plume sont plutôt plaisants, même si quelques coquilles et erreurs sont passées entre les mailles de la correction. On change à plusieurs reprises de point de vue, avec quelques flash-back en prime, ce qui permet d’en apprendre plus et de varier un peu le ton de l’histoire.

Au final, les points que j’ai trouvé négatifs dans ce roman ont éclipsé les bons, qui existent pourtant. Le traitement des personnages, ainsi que l’impression que l’histoire était déjà toute tracée, malgré les péripéties traversées par les personnages m’ont empêché d’apprécier ma lecture.

Pour ceux qui ne seraient pas dérangé par les histoires où le personnage principal est presque traité en idole, peut-être que Célestar sera une bonne lecture. Il faut aussi noter que la suite semble prometteuse, puisqu’il y a beaucoup d’interrogations en suspens. Arriveront-ils tous sur une nouvelle planète ? Est-ce qu’ils pourront s’y adapter ? Qu’est-ce qu’ils y trouveront ? Malgré tout, l’autrice a bien travaillé son univers, et je pense qu’elle réserve de bons rebondissements pour la suite.

Célestar
Editions HLAB
Publication 2019
425 pages

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A très vite pour une prochaine lecture !
Brybry

Outsphere – Guy-Roger Duvert

Partir à la conquête de l’espace afin de trouver une nouvelle planète pour vivre fait frémir à la fois de peur, comme de curiosité. Outsphere aborde ce thème sans négliger aucun des aspects qui rend cette découverte aussi attrayante qu’effrayante.

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Merci à l’auteur pour l’envoi de son livre !

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Quelques mots sur l’auteur :
Guy-Roger Duvert est né en 1975 en France, et vit actuellement aux Etats-Unis. Auteur, mais pas que, il est également compositeur de musique de film, tout comme il est aussi scénariste, producteur est réalisateur. Son premier long métrage, Virtual Revolution a vu la naissance d’une bande-dessinée, reprenant cet univers.
Outsphere est son premier roman.

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Résumé : Après avoir quitté une Terre mourante du fait des erreurs de nos sociétés, l’Arche, premier vaisseau à coloniser une exoplanète, arrive au bout d’un long voyage de 80 ans. Les colons sortent de leurs caissons cryogéniques et découvrent ce qui doit devenir un nouveau commencement pour l’humanité. Une nouvelle planète, un monde principalement végétal baptisé Eden. Les surprises se cumulent vite : la surface abrite une espèce primitive mais intelligente, des ruines prouvent l’existence de civilisations passées avancées, le système climatique obéit à des règles très particulières. Mais malgré tout cela, la colonisation commence de manière somme toute très classique, avec les traditionnelles oppositions entre militaires, scientifiques, civils. Mais tout change avec l’arrivée d’un nouveau joueur : un second vaisseau spatial arrive, quelques mois seulement après l’Arche. A son bord, des Terriens partis 60 ans plus tard, bénéficiant d’une technologie plus avancée, et eux même fortement modifiés génétiquement. Capables de se synchroniser et de communiquer télépathiquement entre eux, ils sont devenus une espèce fondamentalement collectiviste, que tout oppose aux traditionnels Terriens individualistes de l’Arche. Les deux peuples essaient dans un premier temps de cohabiter et d’apprendre les uns des autres, mais les obstacles rencontrés, le passé de la planète qui s’avère beaucoup plus riche et mystérieux que prévu, vont rapidement augmenter les tensions. Eden représente-t-il un nouvel espoir, ou au contraire la fin d’une civilisation ? 

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Outsphere est un roman qui m’a presque donné l’impression d’être un film : très visuel, avec assez de description, on peut imaginer très facilement les scènes qui se succèdent.

Le roman commence dans un vaisseau spatial, avec le réveil d’une partie de ses occupants, habitants de la Terre à la recherche d’une nouvelle planète sur laquelle s’installer. Forcément, tout le monde ouvrant les yeux presque en même temps, on se retrouve face à un grand nombre de personnages en quelques pages. Cependant, on finit tout de même par les différencier au fur et à mesure du roman, lorsqu’ils apparaissent de manière plus individuelle.
Malgré leur nombre, leurs spécialités, j’ai trouvé qu’ils avaient tous été traités de manière égale par l’auteur, sans qu’il n’y ait de favoritisme ou de grand héros qui serait là pour sauver tout le monde. Avec un changement fréquent de points de vue, cela nous permet de voir l’histoire avancer à plusieurs points différents, mais aussi de comprendre les différents groupes de personnages (les militaires, les scientifiques, les civils, les Atlantes…). Il y a peut-être quelques stéréotypes parmi les protagonistes, mais sans non plus qu’on se tape la tête contre les murs car on trouve le récit prévisible.

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Le plus intéressant à mes yeux était bien évidemment de voir la façon dont la colonisation de cette nouvelle planète allait se faire. Comment continuer à vivre, repartir sur des bonnes bases, en suivant les modèles qui ont conduit à la destruction de la Terre ? Forcément, des désaccords apparaissent, tandis que certains veulent imposer leurs règles, qui jugent être les meilleurs. Mais il ne faut pas oublier l’existence de populations autochtones, qui ne voient pas forcément d’un bon oeil l’arrivée de cette nouvelle espèce. Et il y a également les Atlantes : ces humains modifiés qui ont plus de capacités que les autres. Télépathes, sans aucune notion d’individualité, il leur faudra eux aussi du temps afin de comprendre les Anciens, tel qu’ils nomment les humains originaux.
A la fin de ce premier tome, on a eu beaucoup de réponses sur cette conquête spatiale, mais beaucoup de mystères demeurent également, et j’espère que le tome suivant y répondra.

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J’ai eu quelques questionnements lors de ma lecture. Avec les conflits entre humains et Atlantes, l’évolution de chacun d’entre eux, de leur façon de pensée, j’en suis venue à me demander ce qui faisait de l’humanité ce qu’elle est. Et aussi, quelle est la légitimité à coloniser une nouvelle planète, habitée ? (Puisqu’on sait que la colonisation, sur Terre, n’a jamais bien tourné pour les autochtones, n’allons pas nous mentir). Et je n’ai pas pu m’empêcher de me demander, également, ce que je ferai dans ce genre de situation à part mourir de peur à chaque seconde.

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J’ai bien aimé ma lecture d’Outsphere, même si j’ai eu quelques problèmes à ma lecture, trouvant qu’il y avait énormément de répétitions. Hélas, celles-ci rendent la plume plus simpliste alors qu’on sent qu’il y a un réel travail derrière. Le roman se lit tout de même bien et avec facilité, malgré ce détail et je n’ai eu aucun souci en ce qui concernait l’intrigue. Les personnages, tout comme les différentes espèces sont bien travaillés.

Outsphere est une saga très prometteuse, bien qu’elle soit perfectible. Je verrai sans problème ce premier tome être adapté en film, surtout que j’ai, par moments, eu l’impression de lire des passages semblables à un scénario.

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Outsphere
Autoédition
Publication 2019
313 pages

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Connaissez-vous Outsphere ? D’autres livres parlant de conquête spatiale ? Vous seriez près à partir dans l’espace de cette façon ?

A très bientôt pour un nouvel article !
Brybry’

Des milliards de tapis de cheveux – Andreas Eschbach

Ce livre est juste un coup de coeur absolu, que j’ai dévoré de la première à la dernière page. L’intrigue et ses mystères se dévoilent au fil des chapitres, et même si l’on trouve une souffrance indéniable dans ce récit, on ne peut passer au dessus de la poésie qui s’en dégage.

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Quelques mots sur l’auteur :
Né à Ulm en 1959, Andreas Eschbach est un écrivain majeure de la science-fiction allemande. Il fait des études dans l’aérospatial et entame une carrière de développeur informatique avant de devenir cadre.

Andreas Eschbach a toujours eu un pied dans l’écriture, ses premiers textes ayant été rédigés dès ses onze ans. Fait assez exceptionnel et remarquable pour un écrivain, c’est dès la publication de son premier roman en 1995, Des milliards de tapis de cheveux, qu’il peut vivre de sa plume. Le livre a été traduit en plusieurs langues, ce qui ne s’était pas produit pour un ouvrage de science-fiction allemand depuis 18 ans.
Auteur prolifique, Andreas Eschbach a publié une dizaine de romans, dont certains destinés à la jeunesse, des nouvelles, ainsi que les séries Jésus Vidéo, Le Projet Mars et Le Sanctuaire. Ses ouvrages ont récolté dix-sept prix.
Ses traductions françaises ont été publiées par la maison d’édition l’Atalante.

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Je pense qu’on peut s’arrêter quelques secondes, juste pour admirer la couverture.

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Résumé : N’est-ce pas étrange qu’un monde entier s’adonne ainsi au tissage de tapis de cheveux ? L’objet en est, dit-on, d’orner le Palais des Etoiles, la demeure de l’empereur. Mais qu’en est-il de l’Empereur lui-même ? N’entend-on pas qu’il aurait abdiqué ? Qu’il serait mort, abattu par des rebelles ?
Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles brilleraient-elles encore au firmament ?
L’Empereur, les rebelles, des milliars de tapis de cheveux; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Etoiles, et jusqu’au Palais des Larmes sur un monde oublié…

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Ce livre a été un coup de coeur tellement immense que je ne sais même pas par où commencer.

Le fond de l’histoire est mélancolique, dur, voire cruel, bien que l’auteur, avec sa plume, laisse de nombreuses notes poétiques au passage. L’univers développé dans Des milliards de tapis de cheveux est rude, avec un monde entier qui révère et honore un empereur immortel comme on honore un dieu, à chaque instant de leur existence. Quiconque émettrait des doutes sur l’excellence de l’empereur sera traité en hérétique et en subira les conséquences.

Aussi, lorsque la nouvelle de sa mort se répand, le doute s’empare des individus et il est bien difficile pour les habitants, qui vivent dans la crainte, de démêler le vrai du faux ou même d’oser écouter ces rumeurs tant on veut croire au contraire.  

Cette intrigue se mêle à celle, plus omnisciente des tapis de cheveux. Travail et sacrifice de toute une vie, effectué de père en fils depuis des génération, le commerce de ces biens précieux modèle la vie des habitants de la planète jusque dans l’intime. Les tisseurs consacrent leurs vies à leur tapis, utilisant les cheveux de leur femme et concubines pour les tresser. Ils ne peuvent avoir qu’un garçon par famille, et si un deuxième devait naître, il n’aura pas la chance de rester vivant. Au delà des tisserands, l’existence n’est pas forcément plus douce. Les marchands bien que riches, ont des quotas à respecter sans quoi ils mourront et doivent faire face à une rude concurrence. Pour les femmes qui n’ont pas de beaux cheveux, il est difficile de faire un bon mariage, et pour tous, penser en dehors de la norme est synonyme de danger.

Il faudra attendre le dernier chapitre pour comprendre l’histoire dans son ensemble et découvrir l’origine des tapis de cheveux et la raison de leur naissance. A la lecture, au premier aperçu, elle peut sembler être complètement aberrante, mais lorsque l’on prend un peu de recul, que l’on réfléchit aux conséquences de leur création et des souffrances que cela engendre, on réalise toute la démesure de la chose, et le dénouement n’en est que plus percutant.

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La forme a une originalité notable : chaque chapitre se focalise sur un personnage en particulier, et jamais on en trouve un écrit du point de vue de la même personne. Néanmoins, parmi tous les individus que l’on suit dans l’histoire, il en est quelques uns qui apparaîtront plusieurs fois, sous un angle différent, tantôt en personnage principal d’un chapitre, tantôt vu au travers des yeux d’un autre. Il est donc difficile de parler de personnage principal, bien que certains, Nillian et Jubad par exemple, possèdent la carrure du héros.

Ce choix de l’auteur permet de laisser planer le mystère de l’intrigue, tout en l’alimentant ici et là de petits indices qui se dévoileront et prendront tous leurs sens lorsque l’on s’approchera de la fin du livre.

Autour de l’Empereur, évoqué à de très nombreuses reprises, plane une aura de mystère. Qui est-il réellement ? Est-il possible qu’il existe un simple homme qui vivrait depuis des dizaines de milliers d’années, dans un palais au centre des étoiles ? On pourrait croire à une simple légende, et pourtant, le personnage est là, intriguant, intelligent, envoûtant et même ses ennemis ont du mal à l’affronter. Avec les mots employés par Andreas Eschbach pour le décrire et raconter son histoire, il est dur de ne pas le trouver impressionnant.  

Nous sommes au service de l’Empereur.
Sa parole est nôtre. Sa volonté est nôtre.
Sa colère est terrible. Il ne pardonne pas, il punit.
Et sa vengeance est éternelle.

Même si on ne reste jamais longtemps auprès des personnages, cela n’empêche pas que l’on s’attache à eux et que l’on tremble pour eux. Le format des chapitres change peu, avec une partie introductive sur les personnages, le lieu ou la situation, un développement sur plusieurs pages et une chute dans les derniers paragraphes. Les histoires, pour la plupart, portent une grande part de souffrance en elles, et très peu d’espoir. Je ne sais pas combien de fois j’ai eu un coup au coeur en arrivant en fin de chapitre, lorsqu’en quelques lignes je comprenais l’enjeu qui avait été développé sur plusieurs pages.

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La narration changeante apporte une dynamique certaine au récit, et un renouveau permanent de l’écriture. La lecture est donc tout particulièrement prenante, et vivre l’histoire de points de vue parfois radicalement opposés permet de se faire un avis et de prendre conscience de tous les enjeux que cache la création des tapis de cheveux. Cela rend la lecture particulièrement prenante et les chapitres s’enchaînent vite. Certains d’entre eux sont courts et ne donnent qu’une envie, se plonger dans la lecture du suivant.

L’univers est bien travaillé, précis et innovant. On peut voir à quel point l’auteur a été minutieux lors de son élaboration. Chaque détail a sa place, sa raison d’être. Les personnages sont tous là pour une bonne raison, que ce soit pour relancer l’intrigue ou pour enrichir un peu plus l’univers. Rien n’est révélé trop rapidement, et des découvertes sont distillées au long de l’histoire, pour ne pas trop nous faire languir en attendant la révélation finale.

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Une petite anecdote :

– A l’origine, Des milliards de tapis de cheveux n’était pas un roman, mais simplement une nouvelle, écrite en une journée, pour une petite revue. C’est en rencontrant l’éditeur et en discutant avec lui, cinq années plus tard, qu’Andreas Eschbach s’est dit qu’il tenait peut-être quelque chose et qu’il décida de travailler l’univers pour en faire un roman.

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Il ne fait absolument aucun doute quant à ma relecture de ce livre. Cela faisait depuis très longtemps que je n’avais pas eu de coup de coeur comme celui-ci et que je m’étais plongée aussi intensément dans une lecture.
Je pense aussi que connaître le dénouement, la raison de l’existence de ces tapis pendant ma relecture lui apportera encore plus de profondeur.

Des milliards de tapis de cheveux
Editions L’Atalante
Parution 2016
316 pages

J’espère que cet article vous aura plu et donné l’envie de découvrir l’univers de ce livre !

A très bientôt, pour un nouvel article.
Passez une jolie journée,
Brybry.