Carnet du Japon

Plusieurs personnes étaient curieuses de mon voyage au Japon, et étant plus que ravie de mon petit séjour, je me suis dit qu’un article pour en parler plus en profondeur serait bien intéressant ! Enfin, c’est tout ce que j’espère… Et comme je suis parfois un peu vieux jeu mais surtout que je crains toujours que la technologie nous lâche, j’ai préféré tout noter dans un petit carnet facile à transporter, par crainte de ne pas pouvoir utiliser mon téléphone ou internet.

Pour ce voyage, je suis partie avec nulle autre que… ma maman ! Celle-ci était venue me voir avec ma mamie durant mon année universitaire à Tokyo, mais on n’était pas allée plus loin que cette ville, et ce séjour était l’occasion d’aller voir un peu plus loin.

Nous avons essayé de voyager pour pas cher, préférant ne pas mettre trop d’argent dans les hôtels, où on ne reste que pour dormir, et profiter des sorties, et surtout… de la nourriture. Au total, incluant les vols, l’hôtel, les repas, transports, visites, souvenirs et tout ce qui va avec, notre budget s’est élevé à 4000 euros environ, pour un séjour de 17 jours et pour deux personnes. Bien sûr, le premier hôtel était limite-limite, et si vous voulez quelque chose de mieux, vous trouverez sans aucun problème.

Connaissant le Japon, ainsi que la langue, j’étais aux commandes de l’organisation, et j’ai juste posé quelques questions à ma mère, afin de savoir ce qu’elle préférait faire (tout, sauf…) et ce qui lui plairait moins (…des journées shopping à n’en plus finir).

Et c’est là que mon carnet me fut bien utile, puisque j’ai absolument tout noté dedans.

Nous avons visité un total de huit villes (Osaka, Nara, Himeji, Kobe, Kyoto, Sakai, Hiroshima, Tokyo) et nous avons donc pris le JR Pass afin de pouvoir circuler le plus facilement possible. Nous étions basées à Osaka, et faisions l’aller-retour tous les jours entre la ville visitée et notre hôtel, sauf pour les derniers jours, où nous nous sommes installées à Tokyo.

Afin de ne pas perdre trop de temps tous les matins à la gare, j’avais noté les temps de trajet pour aller d’une ville à l’autre, et regardé les horaires qui nous arrangeait le plus. De la même façon, j’ai fait des recherches sur les lieux qui étaient intéressants à visiter, pour vérifier à l’avance les itinéraires et ne pas perdre trop de temps. J’avais également noté le temps moyen que les visiteurs y consacraient, afin d’avoir une petite idée, d’autant plus que beaucoup d’endroits ferment entre 16h et 17h au Japon ! Donc autant ne pas se pointer à 15h30 dans un lieu qui se déguste en trois heures. Et puisque ma mère et moi aimons manger… j’avais bien entendu marqué les spécialités culinaires de chaque endroit, ben oui, tant qu’à faire.

J’avais établi un programme pour journées, un peu serré, tout en me disant qu’on aurait suffisamment de jours vides pour retourner quelque part au besoin. C’est ce qu’on a fait, en profitant bien plus que si l’on s’était pressé. J’avais fait des recherches afin de trouver les petites choses amusantes, anecdotiques, que tout le monde ne connaît pas forcément mais, m’étant renseignée sur internet, forcément, beaucoup de gens finissent par connaître les coins secrets du Japon.

On avait également laissé de la place aux déambulations aléatoires, mais aussi, aux imprévus. Etant malade une journée, on a décidé de se rendre à Sakai, à quelques minutes d’Osaka, plutôt que dans la foule de Kyoto, et je suis presque heureuse de ne pas m’être sentie bien, puisque la journée qu’on y a passé était excellente ! Et malheureusement, un typhon a frappé le Japon. Si nous avons eu la chance de ne pas être sur sa trajectoire, il ne faut pas oublier qu’il peut y avoir des choses qui nous dépassent lorsque l’on voyage.

Si mon carnet était bien rempli avant le voyage, avec toutes les idées des lieux à visiter, il a continué de se remplir par la suite, puisque dans un petit tableau, j’ai noté toutes les choses qu’on avait fait, afin d’en garder le plus possible en mémoire. Bon, ce n’était peut-être pas nécessaire de noter le nombre de chats croisés en une journée, mais qu’est-ce que j’y peux ? Mes achats, les cadeaux, la nourriture, la météo ont trouvé leur place dans la météo.

Et, parce que ça m’amuse beaucoup trop, j’ai mis à la fin de mon carnet tous les tampons des gares et lieux touristiques que j’ai trouvé sur mon passage ! Une petite chose toute simple qui me réjouit dès que j’en vois un.

Au final, ça a été beaucoup d’organisation, et de stress (ben oui, je voulais qu’elle soit contente ma maman!), mais ça a payé. On est revenues toutes les deux pleines de bons souvenirs, et tout s’est bien passé, sans que l’on ait l’impression de perdre notre temps ! Un vrai bonheur.

Bien entendu, rien ne vaut les petits coins tranquilles pour vos visites, mais cela peut-être presque impossible dans les lieux hautement touristiques. Attention donc aux déceptions qui peuvent survenir… et attention aux attrapes pigeons également.

Quelques pages qui peuvent être utiles dans un carnet de voyage :

  • L’adresse de votre hôtel, comment vous y rendre.
  • Une liste de cartes postales à envoyer, de cadeaux à faire.
  • Quelques phrases types si vous ne parlez pas la langue du pays
  • Une page pour noter vos anecdotes marrantes, cocasses du voyage.

J’espère que cet article vous aura intéressé et été utile !
Une très belle journée à tous,
Brybry’

Maneki-Neko et autres histoires d’objets japonais – Joranne

On a tous déjà vu, de près ou de loin, des objets japonais, tout comme on a tous des interrogations sur certains d’entre eux. Quoi de mieux, donc, que de les découvrir en plus en profondeur ? Un ouvrage pour les amateurs de culture japonaise, mais aussi pour tous les autres.

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Disponible ici

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Quelques mots sur l’autrice :
Joranne est une illustratrice française que j’ai découverte grâce à ses notes sur le Japon, ici même. En plus de ses publications sur son blog, elle a également travaillé en tant que graphiste.
Afin de produire ce livre, elle s’est rendue au Japon deux mois, pour peaufiner ses recherches, aller à la rencontre des artisans mais aussi faire des photos.

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Résumé : Pourquoi les Maneki-neko lèvent-ils une patte ? Pourquoi les Daruma sont-ils rouges ? Les Shîsâ vont-ils toujours par deux ? Un Inu-hariko représente-t-il un chien ou un chat ? Les toilettes japonaises en veulent-elles vraiment à notre intégrité physique ? À la fois bande dessinée et carnet de voyage, ce livre plein d’humour et très documenté vous dit tout sur ces objets du quotidien, objets usuels ou porte-bonheur, que vous avez sûrement déjà vus ou croisés.

Dans cet ouvrage, Joranne nous permet de découvrir l’histoire, les légendes, l’origine d’objets caractéristiques du Japon, qu’ils soient d’usage courant, décoratif, divin… Divisé en trois parties (les objets porte-bonheur, les objets usuels, … et autres objets) ce sont quatorze objets qui passent sous ses mains, et autant vous dire que les informations pleuvent ! Comme mentionné précédemment, elle s’est rendue sur place afin d’en savoir plus, et on voit bien que ses recherches ont été poussées, parce que pour certains objets, je ne sais vraiment pas ce qu’elle pourrait nous apprendre de plus. Pour les sarubobo par exemple, elle nous explique la différence en fonction de leur couleur, mais aussi ce qui change d’une région à l’autre.
Les informations, tout comme la mise en page, est dense. Les noms des objets sont expliqués, kanjis à l’appui, et elle ne se contente pas de parler d’une seule des légendes le concernant, mais va également démentir les fausses rumeurs. Grâce à elle, on connait également l’origine des objets, leur provenance géographique, mais aussi quand est-ce qu’ils ont fait leur apparition.
Si les illustrations sont nombreuses, les photographies sont également présentes et nous permettent de voir les objets tels qu’ils sont réellement et de bien nous représenter certains lieux.

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Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais, est un livre qui se lit très vite, bien que je sois parfois retournée en arrière afin de vérifier si j’avais lu la bonne information, ou parce que j’avais failli passer à côté d’une petite note.
Le style de dessin de Joranne est mignon, on ne va pas se mentir. Si le personnage la représentant est assez simple, les petits détails ne manquent pas, et c’est ce qui rend le tout si efficace.
L’humour est également bien présent, au travers des personnages, la façon dont ils sont représentés, leurs expressions, mais aussi via certaines anecdotes ou petites notes qui font bien sourire.

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Un joli ouvrage, bien travaillé, qui nous fait apprendre beaucoup de choses, sans même que l’on ne s’en rende compte. Utile qu’on se rende sur place ou non, mais qui vous donnera peut-être bien envie de soutenir les artisans japonais.

Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais
Editions Sully
Publication 2019
159 pages

A très vite pour un prochain article !
Brybry

Tokyo Sanpo – Florent Chavouet

Pour cet article, je ne vous présente pas le roman d’un auteur japonais, mais je reste encore dans ma thématique Japon, pas de panique ! Découvrons ensemble un premier ouvrage illustré par un artiste français.

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Quelques mots sur l’auteur :
Florent Chavouet est un auteur et illustrateur de bande dessiné français. On compte parmi ses publications L’île Louvre (2015) ou encore Hitchcock, par exemple.
Son site internet

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Présentation de l’ouvrage : Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches du monde. Plus qu’un guide, voici un livre d’aventures au coeur des quartiers de Tokyo. Pendant ces six mois passés à tenter de comprendre un peu ce qui m’entourait, je suis resté malgré tout un touriste. Avec cette impression persistante d’essayer de rattraper tout ce que je ne sais pas et cette manie de coller des étiquettes de fruits partout, parce que je ne comprends pas ce qui est écrit dessus. A mon retour en France, on m’a demandé si c’était bien, la Chine. Ce à quoi j’ai répondu que les Japonais, en tout cas, y étaient très accueillants.

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Tokyo sanpo (« Promenade à Tokyo ») est une découverte de la capitale japonaise, tout en dessin. Il n’y a que très peu de texte et ils sont souvent à décrypter autour des images, s’y emmêlant et on tombe parfois dessus par hasard, ce qui les rend d’autant plus plaisants à lire. Beaucoup de réactions sur le vif, souvent pourvues d’humour, et j’ai souri à de nombreuses reprises. Je ne peux pas vraiment parler de sa plume à proprement parler, puisqu’on ne trouve pas de longs textes, mais rien que la préface m’a beaucoup amusée.
Sans prise de tête et on voit que ce sont de petites réflexions que Florent Chavouet s’est fait sur le coup. Celui-ci n’étant jamais allé au Japon auparavant, je comprends certaines des surprises qu’il a eu, tout comme ses réactions. Les petits détails qui surprennent en tant qu’étranger, ce qu’on aurait jamais imaginé et qui nous fascine ou encore ce qui nous choque (le prix des fruits et légumes… mon dieu, le prix des fruits et légumes…).

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La qualité du livre ainsi que des dessins est superbe. On y trouve de tout, des dessins poussés et détaillés des maisons, temples ou magasins, aux montages amusants ou encore aux étiquettes des boîtes d’œufs. Il y a également des plans qui ouvrent chaque partie sur les quartiers arpentés par l’auteur, sans compter les représentations sympathiques des koban, les petits commissariats de quartiers. Bref, on retrouve de tout, en grand nombre et on peut facilement s’imaginer dans les petites ruelles de Tokyo.
Une vingtaine de lieux sont présentés et visités, et si cela ne couvre pas tout Tokyo en détail, on trouve certains des quartiers principaux (Shibuya, Shinjuku, Ueno, Odaiba…), sans pour autant s’attarder outre-mesure sur les endroits vraiment touristiques, au contraire, ce sont tous les petits coins atypiques, qui ne sont certainement pas évoqués dans les guides et à côté desquels on pourrait passer très facilement qui sont le plus mis en valeur.

Sans prétention aucune, Florent Chavouet nous montre le Tokyo qu’il a lui-même découvert, avec un regard neuf. C’est avec simplicité mais avec délice que l’on se promène avec lui. Je ne qualifierai pas Tokyo Sanpo de guide touristique, loin de là, cependant, il peut servir à, simplement, regarder un peu plus ce qui surprend, autour de soi. Et pour ceux qui connaissent déjà le Japon, certaines réflexions pourront bien les faire sourire.

Tokyo Sanpo
Editions Philippe Piquier
Publication 2009
206 pages

A très vite pour un prochain article, toujours en rapport avec le Japon !
Brybry’

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Lecture d’un genre inédit, intrigant. Cette fois-ci, ce n’est pas au Japon que se déroule le récit, mais au-delà de l’océan. Certaines n’avaient jamais vu la mer, nous permet de plonger dans la vie de femmes japonaises qui ont, pour des raisons variées, quitté leur terre natale pour les Etats-Unis d’Amérique.

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Disponible ici et

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Quelques mots sur l’autrice :
Julia Otsuka est une autrice américaine, d’origine japonaise, née en 1962 en Californie. Ses études l’ont tout d’abord dirigée vers la peinture, mais la pression et la rigidité qui émanent de son apprentissage l’écœurent et la privent de son inspiration.
Elle se tourne vers l’écriture à l’âge de trente ans, avec son roman Quand l’empereur était un dieu qui a connu un rapide succès.
Son site internet

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Résumé : L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles recontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
A la façon d’un choeur antique, leurs voix s’élèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées … leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire … Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli…

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Eprouvant. Douloureux, nostalgique. Espoirs, nouveautés, découvertes. Déceptions. Racisme. Résilience, force. Ce n’est pas un récit, mais des dizaines, des centaines peut-être qui s’entremêlent dans ce roman. Pas d’héroïne mise en avant, mais un flot de femmes, certaines nommées, d’autres non. Impossible, donc, de s’attacher à l’une d’entre elles en particulier, mais plus difficile encore : ne compatir au sort d’aucune.
Certaines n’avaient jamais vu la mer, raconte des histoires dans l’Histoire. Rien n’est vraiment romancé et on se retrouve devant une succession de phrases courtes, chacune concernant une femme différente, mais dans la même situation. Contradictions, accords. Il y a celles qui ont aimé leurs époux, celles qui l’ont aimé puis détesté, celles qui ne l’ont jamais aimé.

Ce roman se déroule au début du vingtième siècle, et toute la vie des japonaises émigrant aux Etats-Unis est mise en avant. De leur voyage en bateau, quand elles quittent tout ce qu’elles connaissent, elles découvrent ensuite leurs époux, leur nouveau travail, en tant que bonne à tout faire, d’agricultrices ou de prostituées. On voit la communauté s’organise, mais aussi leurs rapports aux autres, les blancs, les patrons, et les autres immigrés, les noirs, les chinois. Puis vient la deuxième guerre mondiale, et avec elle, la crainte féroce des japonais. Alors on les envoie ailleurs, loin de tout, dans des camps (et oui, comment aujourd’hui, il y en avait déjà à l’époque dans ce pays…).

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Si au début de l’ouvrage, il est bien précisé que Certaines n’avaient jamais vu la mer est un ouvrage de fiction, l’autrice a bien fait des recherches avant de se mettre à écrire. Ce qu’on voit, ce qu’on apprend sur toutes ces femmes est bien ancré dans la réalité et dépasse le cadre de l’imagination. Tout est plausible et les pensées, ressentis et vécus de ces japonaises ont probablement été le quotidien de dizaines d’entre elles.

De part sa forme, j’ai trouvé cette lecture particulière. J’ai presque eu l’impression d’être devant un enchevêtrent de phrases, presque comme si j’avais accès aux pensées, souvenirs de plusieurs femmes en même temps. Il est donc facile de s’y perdre, surtout lorsqu’on lit rapidement ou sur une longue période. En certains points, cette lecture est difficile. Pour chaque étape de la vie de ses femmes, nous sommes mis face à un lot de difficultés, de souffrances, regrets et parfois même, nous nous retrouvons face à la mort. Ce livre ne laisse pas indifférent et le dernier chapitre, avec son titre évocateurs, disparition, où la voix des japonaises s’est éteinte pour laisser place à celle des gens qui restent ancre définitivement le roman dans son atmosphère amère.

Certaines n’avaient jamais vu la mer
Editions Phebus
Publication 2012
139 pages

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La prochaine fois, je vous retrouverai avec un article tout en images !
Bonne lecture à tous,
Brybry’

Soleil couchant – Osamu Dazai

Ce roman très court se lit rapidement, en une journée, mais il n’en reste pas moins un livre touchant, nous propulsant aux côtés d’aristocrates japonais en pleine déchéance.

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Disponible ici ou . On encore, ici.

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Quelques mots sur l’auteur :
Né en 1909 à Tsuguru, Shuji Tsushima, plus connu sous le nom d’Osamu Dazai est un écrivain japonais. Issu d’une fratrie de onze, élève brillant et auteur précoce, sa vie bascule en 1927, lorsque l’écrivain Akutagawa Ryunosuke se suicide. Tombant dans l’alcool, fréquentant des prostitués, il fera ses premières tentatives de suicide, bien qu’il continuera ses études de littérature.
Grand amateur du Watakushi shôsetsu (genre littéraire japonais où les romans sont centrés sur la vie intérieure d’un héros souvent assimilé à l’auteur, sur le mode de la confession (*)), la plupart de ses romans sont à la première personne et contiennent des éléments autobiographiques. Toutes ses œuvres n’ont pas été traduites, mais parmi ses plus connues à l’international, on peut évoquer La déchéance d’un homme, Mes dernières années, ainsi que ses recueils de nouvelles.
Il décède en 1948, en commettant un double suicide avec sa compagne Yamazaki Tomie.

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Résumé : Une femme de l’aristocratie nippone doit quitter pendant la guerre son hôtel particulier de Tokyo pour aller vivre modestement dans un petit chalet de montagne. Sa fille, Kazuko, mobilisée, travaille la terre. Son fils, Naoji, revient de la guerre intoxiqué par la drogue. Le frère et la sœur se durcissent contre le malheur des temps et clament leur révolte et leur désespoir.

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Ce n’est plus dans un Japon qui s’ouvre à l’Occident que se déroule ce roman, mais bien dans celui du Japon qui connait la deuxième guerre mondiale. Si l’ouverture à l’Occident est une période de transition belle et bien terminée, le Japon est toujours plongé dans des vagues de changements et renouvellements.

Triste, Soleil couchant montre bien les effets de la guerre, qu’ils soient directs (l’absence de Naoki qui a été envoyé dans le Pacifique), que plus indirects (avec Kazuko qui est au Japon, mais doit travailler pour l’armée), sur la noblesse japonaise. Jamais on ne parle avec véhémence des effets des combats et les bombes atomiques, par exemple, ne sont pas mentionnées. Ici, on voit surtout ce que les conflits causent sur ceux qui restent en arrière, plus que sur ceux qui sont sur le front.

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Au Japon, ce roman a eu tant d’influence que l’expression « Soleil Couchant » (斜陽, shayô), inventée par Osamu Dazai, est restée dans les mémoires et permet de définir les membre de la noblesse déchus.
Le déclin de la famille de Kazuko est, dans ce livre, évidente. Il ne reste que peu de membres de l’aristocratie et, selon le frère de Kazuko, ceux méritant leurs titres sont encore moins nombreux. Et celui-ci en est un exemple, puisqu’il s’est endetté par le passé pour pouvoir acheter sa drogue. Kazuko, elle, est obligée de travailler, et leur mère, qu’ils considèrent tous les deux comme la dernière des nobles, est gravement malade. Et c’est en automne que la la dernière des nobles va s’éteindre, à l’époque de l’année où les jours déclinent eux aussi.

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La plume d’Osamu Dazai est très nostalgique, mélancolique même, et ce ne sont que les dernières pages qui amènent avec elle un élan de détermination. Si le rythme est plutôt lent, avec beaucoup de descriptions, j’avoue que je lui ai tout de même trouvé une certaine poésie, bien que j’ai parfois frôlé l’ennui. Rien dans Soleil couchant n’est choquant, cependant, je dois avouer que je trouve l’atmosphère autour de ce livre, la narration, presque dérangeante. Peut-être est-ce parce qu’on reconnaît bien l’auteur en Naoki tout comme en M.Uehara, et que certaines pensées semblent être les siennes plus que celles de ses personnages.

La narration de Soleil couchant se fait au travers de Kazuko, que l’on sent s’éloigner de sa condition d’aristocrate plus elle est au contact de la terre. La nature, d’ailleurs, est quasiment omniprésente, et si elle est évoquée de manière poétique lorsque les personnages la contemplent, cela se nuance lorsque Kazuko travaille à son contact. On découvre autant son passé que son présent, ses pensées sans aucun filtre, ainsi que ses peurs, ses secrets et ses espoirs. Elle admire énormément sa mère, et j’avoue que j’ai eu plus de mal à m’attacher à ce personnage, certes très délicat, mais peut-être trop à mon goût. Très éprouvée par la vie, se rattachant à un grand nombre de superstitions, je peux néanmoins comprendre certaines de ses peines.

Si on découvre beaucoup Naoki au travers du regard peu glorieux de sa sœur, on lit en milieu du roman un de ses journaux, qui retranscrit bien ses souffrances. Mais c’est surtout au travers de sa lettre, touchante, qu’on le comprend le mieux, et peut-être, à travers lui, Osamu Dazai lui-même.

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Je pense que Soleil Couchant peut-être un bon livre pour mettre un pied dans la littérature japonaise. Très mélancolique, il offre un point de vue interne à la noblesse japonaise pendant et après la seconde guerre mondiale. Je le recommande chaudement.

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Soleil couchant
Editions Gallimard
Publication 1961
201 pages

Je suis un chat – Natsume Sôseki

Je suis un chat. Ou la phrase type que j’aimerais dire chaque matin au réveil. Mais pas de miaou miaou, ni de nya nya (comme diraient les félins japonais) pour moi. Alors, en attendant et espérant une réincarnation qui sera peut-être fructueuse, autant lire ce classique de la littérature japonaise.

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Disponible ici ou

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Quelques mots sur l’auteur :
Natsume Sôseki, de son vrai nom Natsume Kinnosuke est un auteur japonais né en 1867 et décédé en 1916. S’il s’intéresse dans un premier temps à la littérature chinoise, il est contraint à commencer des études d’architecture, et en profitera pour apprendre l’anglais.
Sa rencontre avec Masaoka Shiki en 1887 le remet sur le chemin de l’écriture. Il deviendra professeur puis sera envoyé en Angleterre par le gouvernement japonais de 1900 à 1903.
Il publie d’abord dans des revues, et rencontrera le succès populaire avec sa publication de Je suis un chat, en 1905.
Parmi ses œuvres célèbres, on peut retenir Oreiller d’herbes, Sanshirô, ou encore Choses dont je me souviens.
Le traducteur de Je suis un chat est Jean Cholley.

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Quatrième de couverture [extrait] :
C’est pourquoi le traducteur peut conclure sa préface en affirmant que Je suis un chat «suffit amplement à démentir l’opinion si répandue selon laquelle les Japonais manquent d’humour». Ni Hegel, ni Marx, ni Darwin, qu’il a lus, ne lui ont fait avaler son parapluie. La gouaille, voire la désinvolture apparente, n’empêchent pas les chapitres de s’organiser, cependant que tous les styles (jargon des savants et du zen, ou argot d’Edo, ancien nom de Tokyo) se mêlent pour présenter la satire désopilante d’une société en transition, et même en danger de perdition. Kushami-Sôseki se demande parfois s’il n’est pas fou, mais c’est la société d’alors qui devient folle, elle qui déjà enferme en asile ceux qui la jugent. Le chat ne s’y trompe jamais, lui : aucun ridicule n’échappe à ce nyctalope. Alors que peut-être on en devrait pleurer, on rit follement. Si vous voulez comprendre le Japon, identifiez-vous au chat de Sôseki.

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Pour poursuivre dans un ordre chronologique, contrairement à Fukuzawa Yukichi, dont j’ai parlé dans ma dernière chronique, Natsume Soseki n’a pas connu le japon avant l’arrivée des occidentaux, étant donné qu’il est né un an plus tôt seulement. Il a donc pleinement vécu la période de transition, sans cependant voir ce qu’il y avait avant. C’est donc une toute nouvelle société japonaise que l’on découvre dans ce roman, au travers des yeux d’un chat.

Je recommande la lecture de la préface très intéressante et très instructive, tant sur la vie de Natsume Sôseki que sur la société japonaise, mais aussi sur ce roman. Petite prévention, cependant : elle contient un gros spoil de l’histoire, alors mieux vaut ne pas la lire tout de suite.

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Je suis un chat raconte les aventures d’un chat errant, qui trouve son chemin jusqu’à la maison d’un professeur et qui, fait comme tous les chats, à savoir qu’il impose sa présence à toute la maisonnée. Kushami, le professeur l’a accepté sans vraiment lui prêter attention, mais le félin lui, va observer et commenter tout ce qui se déroule autour de lui.
Tout y passe : ses relations avec les autres chats, dont Kuro qu’il prend pour un Roi ou la jolie Mikeko, qui vit chez des gens plus fortunés. On voit également la relation du chat avec la bonne, qu’il n’apprécie guère -sentiment partagé- mais aussi le professeur, sa femme et ses enfants. Avec ses oreilles félines, il écoute chacune de leurs conversations et a un avis bien tranché dessus, bien que personne ne l’écoute.

Si au début on peut penser lire un livre comique, c’est une véritable satire de la société japonaise qui est mise en place au fur et à mesure des pages. On sourit beaucoup à la lecture des pensées du chat, d’autant plus que certaines scènes assez loufoques sont proposées au lecteur, avec, par exemple, le vol de pommes de terre ayant lieu en pleine nuit dans la maison du chat (qui ne fait absolument rien pour l’empêcher par ailleurs). Mais rien que certaines conversations entre les personnages tiennent presque de l’absurde et sont bien divertissantes.
Cependant, il ne faut pas attendre bien longtemps avant que des critiques de la société apparaissent, et que les conversations entre les protagonistes se fassent plus précises et piquantes. J’admets que parfois, elles peuvent être assez pointues et égarer sur quelques lignes un lecteur qui ne connaîtrait pas grand chose du Japon de l’époque.

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J’avais adoré ma première lecture de Je suis un chat, même si j’y avais trouvé quelques longueurs. On peut aussi voir un petit changement dans le style et dans l’histoire. Je suis un chat n’ayant pas vocation de devenir un roman à ses débuts, son ton sérieux arrive donc au fur et à mesure que l’histoire, et ses personnages, ne s’étoffent.
Le point de vue du chat, à mes yeux, est le point fort de ce roman. Et je ne dis pas ça parce que je voue un culte à ces petites bêtes, enfin, pas que. Toutes les interprétations du chat offrent un décalage, qui rendent la vision humaine absurde, stupide, presque burlesque. Et dans mon cœur, j’espère très fort que mes chats ne me jugent pas de la même façon.

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Au travers de Je suis un chat, on découvre aussi l’auteur, Natsume Sôseki. On le reconnaît à la fois dans le personnage du professeur, Kushami, mais aussi dans celui de Meiten. Les notes bien utiles du traducteurs nous précisent également lorsque les personnages secondaires sont inspirés par des personnes réelles, très souvent de l’entourage de l’auteur. Mais pas de panique ! On est bien loin d’un Gary-Stu et il y a plus d’auto-dérision qu’autre chose.

On a ainsi une petite ouverture sur la vie à l’époque Meiji, au travers de toutes les scènes du quotidien qui sont partagées. Quelques petits détails (tel ou tel personnage qui porte un chapeau avec leur tenue typiquement japonaise) montrent discrètement que la société change. Ici encore, les notes du traducteurs aident à bien comprendre de quoi il en ressort, quelles étaient les sources et inspirations pour Natsume Sôseki et même pour tous les japonais de cette époque.

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Je suis un chat
Editions Gallimard
Publication 1986
438 pages

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A très vite pour un nouvel article sur le Japon !
Brybry’

La vie du vieux Fukuzawa racontée par lui-même – Fukuzawa Yukichi

La société japonaise a été grandement modifiée avec l’arrivée des occidentaux en 1868 et quoi de mieux que le livre d’un des fondateurs du Japon Moderne pour comprendre ce que ces changements ont impliqués ?

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Disponible ici et

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Dur de vous proposer une présentation de l’auteur, ou un résumé, puisque ce livre est une autobiographie dictée, donc autant dire que tout y est révélé…
Pour être brève, je vous dirai simplement que Fukuzawa Yukichi (1835-1901) est un penseur japonais ayant vécu pleinement l’ouverture du Japon à l’occident en 1868. Fils de samourai a eu une vie bien remplie (traducteur, enseignant, philosophe, écrivant, journaliste, politicien…) ainsi qu’une grande influence sur la société.
Dans La vie du vieux Fukuzawa racontée par lui-même, (福翁自伝, Fukuōjiden) il raconte absolument toute sa vie, de son enfance, à sa vieillesse.

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Bien qu’elle relate l’existence complète d’un homme, La vie du vieux Fukuzawa raconté par lui-même, cette autobiographie se lit facilement, et je dirais même rapidement, même si elle est pleine d’informations.
De nombreux chapitres, et énormément de sous-parties composent ce livre. On retrouve également des repères, géographiques et chronologiques, qui nous permettent de situer dans l’Histoire japonaise, la vie de Fukuzawa Yukichi.

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Fukuzawa Yukichi était au premier plan pour se rendre compte des changements du Japon. A l’arrivée des occidentaux, il avait 33 ans, ce qui lui a permis de bien connaître son pays avant, mais aussi de prendre conscience de tous les changements. Il a donc pleinement vécu cette période de transition.
Les chapitres vont de son enfance, évoque l’éducation donnée par ses parents, ses études, ses voyages au Japon, mais aussi en occident…, à ses vieux jours. Le tout est agrémenté de plein d’anecdotes croustillantes sur sa vie, et une multitude de thèmes sont évoquées, comme l’alcool, ses méfaits et prouesse en tant qu’étudiants. Et certaines parties font bien sourire.
Bien entendu, en tant qu’homme public et politique, qui ne se prive pas pour donner son avis, il évoque également ses ennemis, mais aussi, plus grave, les menaces de morts qui pesaient sur lui.
Nous avons le droit à plusieurs comparaisons entre l’Occident et le Japon, et, par exemple, Fukuzawa Yukichi déclarera ne pas aimer les testaments à l’occidentale. Mais s’il n’apprécie pas tous les aspects de l’étranger, il n’est pas non plus avare sur la société japonaise, critiquant ouvertement son gouvernement.
Je pense que les parties « Je vais pour la première en Amérique » ainsi que « Je visite les pays d’Europe » sont particulièrement parlantes et nous renseignent énormément sur les différences culturelles et ce qui pouvait étonner, d’un côté comme de l’autre. Mais j’ai également apprécié lire sur son enfance, et aussi ses études, avec des anecdotes très intéressantes, comme quoi les étudiants, à qui un livre avait été prêté, le recopiaient intégralement avant de le rendre, afin de pouvoir l’étudier.

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La vie du vieux Fukuzawa racontée par lui-même est un sacré témoignage, qui raconte bien l’avant et l’après arrivée des occidentaux. Tout est raconté par une personne qui a vécu les faits ce qui peut, paradoxalement, rendre le récit très véridique, mais il est également possible d’en douter. En effet, ici, une seule version est présentée, et avouons-le : l’auteur relate toujours des faits où il a un rôle assez flatteur. Une grande partie des événements sont racontés bien des années plus tard, donc les faits peuvent avoir été différents des souvenirs.

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De nombreux événements historiques sont évoqués, voire même expliqués de l’intérieur, et c’est un réel témoignage que nous retrouvons dans ce livre. Bien entendu, étant donné que tout a été dicté par Fukuzawa Yukichi, le style est très oral, avec un grand nombre de répétitions. Ce livre ne se lit pas comme un roman, cependant, pour tous ceux qui sont intéressés par l’histoire japonaise, je dirai presque que c’est un must-read pour en savoir plus sur cette époque, qui est tout sauf anodine.

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La vie du vieux Fukuzawa racontée par lui-même
Editions Albin Michel
Publication 2007
411 pages

A très vite pour une autre lecture sur le Japon !
Brybry’

L’enfant du Tsunami – Eva Kopp

Cela ne fait pas encore dix ans qu’un tsunami a ravagé les côtes japonaises, faisant des milliers de morts, un grand nombre de disparus et engendrant une catastrophe nucléaire de grande ampleur. L’ouvrage d’Eva Kopp, L’Enfant du Tsunami, met en scène plusieurs personnes touchées par cette vague.

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Merci à Eva Kopp pour sa confiance pour ce Service Presse !

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Quelques informations sur l’autrice
Eva Kopp est née en 1981 en Alsace. Si elle a eu plusieurs métiers qui touchaient à la littérature, puisqu’elle a été scénariste, rédactrice pour la presse régionale ainsi qu’autrice-illustratrice, elle a également travaillé en tant qu’infographiste, et animatrice radio. Elle est consciente qu’il est important et même urgent de prendre soin de la planète.
Le 10 mars 2011 elle rêve d’une vague immense et elle se réveillera sur les images terrifiante du ras-de-marée touchant les côtes du Japon.
L’Enfant du Tsunami est son premier roman. Elle a également publié un recueil de nouvelles intitulé Cueillir les fleurs du silence : Nouvelles du Japon.

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Résumé : 11 mars 2011, Japon sur l’île d’Honshū, préfecture de Miyagi.
D’une main distraite, Junko caresse le chat gris aux longues moustaches qui ronronne paisiblement sur ses genoux. Soudain elle sent son petit cœur s’affoler comme s’il cherchait à s’échapper de son enveloppe de félin. Ses griffes jaillissent des coussinets. Il bondit et se met à tourner à toute vitesse sur les murs qui s’effritent à chacun de ses passages. 
Junko a compris. Tout est clair à présent, un rouage invisible s’enclenche dans sa poitrine. Elle en a rêvé il y a deux jours : une immense vague. Gigantesque, dans un grondement démentiel. Avec des hurlements et des craquements comme si les charnières de la Terre elle-même semblaient céder… céder comme quoi d’ailleurs ?

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Afin d’écrire son roman, Eva Kopp a fait des recherches durant cinq années. Ce travail de documentation est visible à la lecture, avec des informations distillées ici et là, tant au niveau du tsunami en lui-même que sur d’autres éléments, les retombées nucléaires, la réaction du gouvernement japonais, les équipes scientifiques qui ont travaillé dessus… L’Enfant du Tsunami, en plus de raconter une histoire, instruit le lecteur, sans le perdre.

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La forme de L’Enfant du Tsunami peut surprendre au début, puisqu’il s’agit d’un roman choral, et que des points de vue différents se succèdent à chaque nouveau chapitre. S’il peut falloir au lecteur quelques temps pour s’adapter et bien identifier chacun des personnages présents, on finit par être capable de remettre un nom sur un récit assez rapidement.

Deux axes principaux sont abordés : un au Japon autour du personnage de Junko, et un en France, autour de celui de Néthanel. On découvre au passage leurs familles, mais on ne s’éparpille pas trop, et ce choix dans l’écriture permet de nous faire vivre les événements de plusieurs façons différentes en illustrant comment elles ont été touchées par le tsunami mais aussi de voir tout cela d’une manière plus approfondie.
Bien entendu, tous ces chemins différents s’effleurent, se frôlent, se croisent, sur quelques pages, ou jusqu’à la fin du roman. Je dois dire que c’est particulièrement plaisant lorsque l’on constate qu’enfin, les histoires de chacun finissent par se recouper et que tout prend sens.

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Tout ne s’arrête pas après la catastrophe, bien au contraire : celle-ci est le point de départ. Comment se reconstruire quand notre vie à presque été totalement détruite ? Comment continuer à vivre quand le désastre est si ancré en nous ?

Les personnages sont attachants, on a envie de connaître leur histoire, comment ils réagissent suite au tsunami, les nouvelles épreuves qu’ils doivent affronter, ce qu’ils deviennent.
Junko, par exemple, vit dans le département de Miyagi, touché de plein fouet par le tsunami, avec son grand-père, agriculteur. En plus de suivre les chemins de ces deux personnages, on découvrira, au fur et à mesure Hakao, le fiancé de Junko, vivant dans une autre ville de l’archipel. Tous prendront des voies différentes, mais toujours avec l’ombre du ras-de-marée qui aura influencé leurs choix.
A l’autre bout du monde, on découvre Achille et Maïwen, dont la vie bascule après qu’ils recueillent Néthanel, l’enfant du tsunami, âgé de dix mois, dont les parents ont péri submergés par la vague.
Un des personnage, qui n’est rattaché à aucun de ceux cités précédemment, est bien réel, puisqu’il s’agit de Hanyû Yuzuru. En plein entraînement au moment où le séisme a eu lieu, il a dû s’enfuir de la patinoire. Trois ans plus tard, il remportait sa première médaille d’or aux Jeux Olympiques de Sotchi.

Les caractères et personnalités de chacun sont bien différents et permettent d’avoir plusieurs points de vue et de développer divers aspects de la catastrophe. En effet, l’autrice ne se restreint pas à un seul parcours possible, mais en développe de nombreux, entre les individus qui décident de se sacrifier pour essayer de préserver les générations futures, les innovateurs qui cherchent des alternatives à l’énergie nucléaire ou encore toutes les populations déplacées qui subissent une discrimination suite à la catastrophe.

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L’Enfant du Tsunami se lit extrêmement facilement. Les passages s’enchaînent bien et on a du mal à décrocher, notamment parce qu’ils sont courts et qu’on a toujours envie de connaître la suite, surtout parce qu’on ne suit pas la vie des individus en continue. Il y a toujours une certaine logique dans le déroulement, et l’on suit un fil conducteur que l’on a juste envie de dérouler jusqu’au bout. A chaque nouveau passage, on retrouve au début la date et le lieu où se déroule l’histoire, ce qui permet de se situer dès la première ligne.
J’aurais cependant un petit bémol à émettre au sujet des dialogues. J’ai trouvé que certains étaient un peu superflus mais aussi trop longs.

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Eva Kopp joue avec le lecteur. Elle l’interpelle, rend la lecture presque interactive, nous interrogeant directement tandis qu’elle nous expose des situations, réelles ou non.
La plume de l’autrice varie. Tantôt pédagogue, tantôt interrogatrice tantôt poétique. Certains passages, notamment ceux mettant en scènes des rêves sont très lyriques, très imagés et délicieux à lire.

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Ma lecture de L’Enfant du Tsunami m’a laissé une impression particulière. La catastrophe reste récente, et je me souviens avoir regardé en boucle les chaînes d’informations pour me tenir au courant des événements. Le nombre de morts, de disparu, l’accident nucléaire qui ont suivi ne peuvent que toucher les gens et lire sur ce sujet, d’autant plus qu’il est bien traité remue forcément un peu.

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J’ai trouvé que l’autrice se penchait sur le sujet avec justesse. On ressent toute la documentation qui a été faite en arrière et qui rend toute l’histoire bien crédible. Je suis particulièrement contente de ne pas être tombée sur un livre qui aurait été caricatural du Japon et de la réaction des japonais suite à la catastrophe de Fukushima.
Ce roman est parfois dur à lire, vu les événements qu’il relate, mais je le trouve nécessaire pour prendre conscience d’une partie des faits qui en ont découlés.

L’enfant du Tsunami
Editions Pierre Philippe
Parution 2018
75 pages

Avez-vous lu l’Enfant du Tsunami ? Un autre livre parlant d’une catastrophe telle que celle de Fukushima ?

A très vite pour un nouvel article !
Brybry’

Mémoires d’une geisha – Inoue Yuki

Mes connaissances des geishas tenaient plus de l’imaginaire qu’autre chose et étaient aussi limitées que fantaisistes. Ce livre fut donc une remise au point assez déroutante de toutes mes idées reçues sur ce monde bien particulier…

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A ne pas confondre avec le livre d’Arthur Golden !

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Quelques mots sur l’auteure :
Inoue Yuki est une auteure japonaise née en 1931 dans la ville de Kanazawa. Elle suit des études de littérature dans l’université de la ville, à laquelle elle est très attachée, et obtient son diplome.
Son livre Mémoires d’une geisha ( 廓のおんな, kuruwa no onna) est écrit suite à ses rencontres avec Yamaguchi Kinu, ancienne geisha. Cette biographie sera publié en 1981.
Inoue Yuki a écrit une vingtaine d’autres ouvrages, qui n’ont, d’après mes recherches, pas été traduits en français.
Elle est décédée en 1999.

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Résumé : Née en 1892, vendue à l’âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l’apprentissage du dur métier de geisha. C’est un peu l’envers du décor qu’elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la « Mère » et des « grandes soeurs ». Après son initiation sexuelle, elle s’enfuira, puis reviendra vivre dans le « quartier réservé » avant de devenir elle-même patronne d’une maison de geishas. Récit bouleversant, description édifiante de la vie de tous les jours dans l’intimité d’une okiya, avec ses cérémonies, ses coutumes, ses fêtes et ses jeux. On y entend des histoires de plaisirs, de chagrins, de courage aussi, qui éclairent sous un jour nouveau ce monde fermé sur lequel l’Occident ne cesse de s’illusionner.

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Je pense qu’il est important de rappeler que Mémoires d’une Geisha n’est pas un roman, mais bien une biographie. Aussi, il ne faut pas s’attendre à lire une histoire. On trouve beaucoup de descriptions et d’explications, mais aussi de nombreuses anecdotes personnelles, qui permettent d’alléger un peu le récit.

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Ce livre est une vraie source de connaissances, on apprend énormément, et à chaque page et comme le dit le résumé, les geishas sont sources de beaucoup d’illusions nombre d’occidentaux.

Mémoires d’une geisha est presque un témoignage historique. Même si les personnes pouvant s’offrir les services des geishas étaient assez fortunées, c’est aussi l’histoire du peuple plus pauvre que l’on découvre, notamment au travers des parents de Kinu, obligés de vendre leurs filles pour avoir de quoi subvenir à leurs besoins.
Plusieurs époques, vécues et traversées par Kinu sont abordées et permettent de voir les transformations du Japon, qui s’est tout juste ouvert à l’occident, puis les effets sur une partie de la population de la guerre russo-japonaise de 1904 ou encore ceux de la Seconde Guerre Mondiales.

Bien entendu, les geishas étant au centre de leur récit, c’est sur elles que l’on apprend le plus. Sur tout ce qui concerne leur esthétique, que ce soit sur leurs coiffures, le maquillage, les kimonos qu’elles portent… Porteurs de beaucoup de symboles, aucun de ces choix n’est laissé au hasard. On a également des informations sur toutes les petites superstitions qui aiguillent leur vie, la rendent plus supportable ainsi que le respect des traditions et cérémonies annuelles auxquelles elles sont conviées. A la fin de la lecture, on en a appris beaucoup sur leur quotidien extraordinaire régit par un millier de petits détails.

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Pour le reste, je pense que l’on peut dire que cet ouvrage enlève une bonne partie du glamour de la geisha telle qu’elle est dépeinte dans les fantasmes occidentaux.

Le premier point marquant étant que Kinu est vendue par ses parents (sa soeur subira le même sort) à la patronne d’un okiya, maison de geisha où celles-ci vivaient le temps qu’elles remboursent leurs dettes, c’est à dire l’argent investi par leur mère adoptive pour les acheter. Et pour Kinu, ce remboursement se fait depuis son plus jeune âge, avec des petits travaux quotidiens qui ne lui laissent que peu de temps de répit. D’autant plus que l’enfant suit des cours financés par sa mère adoptive, tout comme ses vêtements et sa nourriture… ce qui fait donc augmenter le montant de sa dette. Bonjour le serpent qui se mord la queue, sur l’exploitation d’enfants en plus.

Certaines anecdotes, d’ailleurs, glacent le sang. Par exemple, les apprenties devaient se tenir dehors en hiver et hurler, pour se casser la voix et qu’elle ait un autre timbre, plus plaisant. Il arrive aussi que les futures geishas reçoivent des coups ou encore que certaines de leurs professeurs passent leurs nerfs sur elles. De plus, leurs déplacements sont contrôlés, il leur est impossible de sortir du quartier réservé sans un visa, fournit uniquement si elles ont une excuse valable.

Sans oublier que chaque vie porte naturellement son lot de peines, cela peut très vite être lourd à porter pour une personne.

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Les conditions de vie peuvent être qualifiées d’esclavagistes tant les geishas et les apprentis sont privées de libertés et font les choses contre leur gré.
Toutes les geishas mentionnées dans ce livre sont des prostituées. Leur cérémonie de dépucelage notamment, se fait contre une somme d’argent non négligeable, aux alentours de quinze ans, alors que les jeunes filles ne savent même pas en quoi cela consiste. Pour ce qui est de leur salaire les geishas ne touchent qu’un infime pourcentage dessus, jusqu’à ce qu’elles remboursent leur dette à leur mère adoptive.

S’il existe malgré tout une petite concurrence entre les geishas ou entre les okiya, celle-ci n’est pas infâme ou insupportable. Il existe une solidarité entre ces femmes, qui se soutiennent, se donnent des astuces pour réussir et sont à l’écoute l’une de l’autre, notamment les geishas qui prennent une apprentie sous leur aile.

Des propos de Kinu ne ressort pas d’amertume et encore moins de plainte. On ressent plus de la nostalgie, mais aussi de la reconnaissance envers toutes les personnes qu’elle a connu et qui l’ont aidée. La façon dont sont racontées les choses adoucissent énormément le ton du récit qui nous laisse un petit goût doux-amer.

On ne peut que reconnaître que tout au long de sa vie, Kinu a fait preuve de beaucoup de courage pour s’en sortir. Elle a réussi à gravir les échelons jusqu’à devenir une geisha populaire, malgré une opération qui l’a empêchée de se produire sur une longue période. Elle aura aussi le courage de s’enfuir, piégée dans une situation qui ne lui convient pas, et celui de revenir, pour ouvrir à son tour une maison de geisha.

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J’ai trouvé la lecture un peu ardue par moment. De nombreux faits sont relatés mais sans être racontés, ce qui n’aide pas à l’immersion au début du récit. Les descriptions sont très précises (parfois jusqu’à parler des dimensions des salles) ce qui coupe légèrement la fluidité du texte.
Un petit frein pour le lecteur pourrait être l’abondance de termes japonais, en plus des noms de lieu et d’individus. Le nom des vêtements, des coiffures ne sont pas traduits et même si l’on est familiarisé avec le terme kimono, par exemple, il est plus difficile de s’imaginer correctement les différentes coiffures citées, même si celles-ci sont décrites. Cependant, certains mots revenant fréquemment, on finit par les retenir et ils ne posent plus de problème.

Il y a un petit point qui m’a fait particulièrement plaisir et que je trouve non négligeable : en fin de chapitre, on trouve une photographie d’époque montrant, la plupart du temps, Kinu, parfois seule, parfois avec d’autres geishas ou des clients. En plus d’ajouter de l’authenticité au récit, je trouve ça plaisant de pouvoir mettre un visage sur la personne dont l’histoire nous est contée.

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Je pense que je relirai Mémoires d’une Geisha, car il y a sûrement un grand nombre d’informations que je n’ai pas retenues mais qui restent intéressantes. J’éviterai simplement la lecture de certains passages.

Mémoires d’une Geisha
Editions Phillipe Picquier
Parution 1997
280 pages

J’espère que cet article vous aura enseigné quelques petites choses sur les geishas et donné envie d’en apprendre encore plus !
Quelqu’un parmi vous l’a lu ? Ou avez-vous l’ouvrage Geisha, d’Arthur Golden ?

A très vite je l’espère !
Brybry