Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Lecture d’un genre inédit, intrigant. Cette fois-ci, ce n’est pas au Japon que se déroule le récit, mais au-delà de l’océan. Certaines n’avaient jamais vu la mer, nous permet de plonger dans la vie de femmes japonaises qui ont, pour des raisons variées, quitté leur terre natale pour les Etats-Unis d’Amérique.

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Disponible ici et

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Quelques mots sur l’autrice :
Julia Otsuka est une autrice américaine, d’origine japonaise, née en 1962 en Californie. Ses études l’ont tout d’abord dirigée vers la peinture, mais la pression et la rigidité qui émanent de son apprentissage l’écœurent et la privent de son inspiration.
Elle se tourne vers l’écriture à l’âge de trente ans, avec son roman Quand l’empereur était un dieu qui a connu un rapide succès.
Son site internet

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Résumé : L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles recontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
A la façon d’un choeur antique, leurs voix s’élèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées … leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire … Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli…

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Eprouvant. Douloureux, nostalgique. Espoirs, nouveautés, découvertes. Déceptions. Racisme. Résilience, force. Ce n’est pas un récit, mais des dizaines, des centaines peut-être qui s’entremêlent dans ce roman. Pas d’héroïne mise en avant, mais un flot de femmes, certaines nommées, d’autres non. Impossible, donc, de s’attacher à l’une d’entre elles en particulier, mais plus difficile encore : ne compatir au sort d’aucune.
Certaines n’avaient jamais vu la mer, raconte des histoires dans l’Histoire. Rien n’est vraiment romancé et on se retrouve devant une succession de phrases courtes, chacune concernant une femme différente, mais dans la même situation. Contradictions, accords. Il y a celles qui ont aimé leurs époux, celles qui l’ont aimé puis détesté, celles qui ne l’ont jamais aimé.

Ce roman se déroule au début du vingtième siècle, et toute la vie des japonaises émigrant aux Etats-Unis est mise en avant. De leur voyage en bateau, quand elles quittent tout ce qu’elles connaissent, elles découvrent ensuite leurs époux, leur nouveau travail, en tant que bonne à tout faire, d’agricultrices ou de prostituées. On voit la communauté s’organise, mais aussi leurs rapports aux autres, les blancs, les patrons, et les autres immigrés, les noirs, les chinois. Puis vient la deuxième guerre mondiale, et avec elle, la crainte féroce des japonais. Alors on les envoie ailleurs, loin de tout, dans des camps (et oui, comment aujourd’hui, il y en avait déjà à l’époque dans ce pays…).

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Si au début de l’ouvrage, il est bien précisé que Certaines n’avaient jamais vu la mer est un ouvrage de fiction, l’autrice a bien fait des recherches avant de se mettre à écrire. Ce qu’on voit, ce qu’on apprend sur toutes ces femmes est bien ancré dans la réalité et dépasse le cadre de l’imagination. Tout est plausible et les pensées, ressentis et vécus de ces japonaises ont probablement été le quotidien de dizaines d’entre elles.

De part sa forme, j’ai trouvé cette lecture particulière. J’ai presque eu l’impression d’être devant un enchevêtrent de phrases, presque comme si j’avais accès aux pensées, souvenirs de plusieurs femmes en même temps. Il est donc facile de s’y perdre, surtout lorsqu’on lit rapidement ou sur une longue période. En certains points, cette lecture est difficile. Pour chaque étape de la vie de ses femmes, nous sommes mis face à un lot de difficultés, de souffrances, regrets et parfois même, nous nous retrouvons face à la mort. Ce livre ne laisse pas indifférent et le dernier chapitre, avec son titre évocateurs, disparition, où la voix des japonaises s’est éteinte pour laisser place à celle des gens qui restent ancre définitivement le roman dans son atmosphère amère.

Certaines n’avaient jamais vu la mer
Editions Phebus
Publication 2012
139 pages

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La prochaine fois, je vous retrouverai avec un article tout en images !
Bonne lecture à tous,
Brybry’

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