Mémoires d’une geisha – Inoue Yuki

Mes connaissances des geishas tenaient plus de l’imaginaire qu’autre chose et étaient aussi limitées que fantaisistes. Ce livre fut donc une remise au point assez déroutante de toutes mes idées reçues sur ce monde bien particulier…

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A ne pas confondre avec le livre d’Arthur Golden !

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Quelques mots sur l’auteure :
Inoue Yuki est une auteure japonaise née en 1931 dans la ville de Kanazawa. Elle suit des études de littérature dans l’université de la ville, à laquelle elle est très attachée, et obtient son diplome.
Son livre Mémoires d’une geisha ( 廓のおんな, kuruwa no onna) est écrit suite à ses rencontres avec Yamaguchi Kinu, ancienne geisha. Cette biographie sera publié en 1981.
Inoue Yuki a écrit une vingtaine d’autres ouvrages, qui n’ont, d’après mes recherches, pas été traduits en français.
Elle est décédée en 1999.

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Résumé : Née en 1892, vendue à l’âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l’apprentissage du dur métier de geisha. C’est un peu l’envers du décor qu’elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la « Mère » et des « grandes soeurs ». Après son initiation sexuelle, elle s’enfuira, puis reviendra vivre dans le « quartier réservé » avant de devenir elle-même patronne d’une maison de geishas. Récit bouleversant, description édifiante de la vie de tous les jours dans l’intimité d’une okiya, avec ses cérémonies, ses coutumes, ses fêtes et ses jeux. On y entend des histoires de plaisirs, de chagrins, de courage aussi, qui éclairent sous un jour nouveau ce monde fermé sur lequel l’Occident ne cesse de s’illusionner.

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Je pense qu’il est important de rappeler que Mémoires d’une Geisha n’est pas un roman, mais bien une biographie. Aussi, il ne faut pas s’attendre à lire une histoire. On trouve beaucoup de descriptions et d’explications, mais aussi de nombreuses anecdotes personnelles, qui permettent d’alléger un peu le récit.

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Ce livre est une vraie source de connaissances, on apprend énormément, et à chaque page et comme le dit le résumé, les geishas sont sources de beaucoup d’illusions nombre d’occidentaux.

Mémoires d’une geisha est presque un témoignage historique. Même si les personnes pouvant s’offrir les services des geishas étaient assez fortunées, c’est aussi l’histoire du peuple plus pauvre que l’on découvre, notamment au travers des parents de Kinu, obligés de vendre leurs filles pour avoir de quoi subvenir à leurs besoins.
Plusieurs époques, vécues et traversées par Kinu sont abordées et permettent de voir les transformations du Japon, qui s’est tout juste ouvert à l’occident, puis les effets sur une partie de la population de la guerre russo-japonaise de 1904 ou encore ceux de la Seconde Guerre Mondiales.

Bien entendu, les geishas étant au centre de leur récit, c’est sur elles que l’on apprend le plus. Sur tout ce qui concerne leur esthétique, que ce soit sur leurs coiffures, le maquillage, les kimonos qu’elles portent… Porteurs de beaucoup de symboles, aucun de ces choix n’est laissé au hasard. On a également des informations sur toutes les petites superstitions qui aiguillent leur vie, la rendent plus supportable ainsi que le respect des traditions et cérémonies annuelles auxquelles elles sont conviées. A la fin de la lecture, on en a appris beaucoup sur leur quotidien extraordinaire régit par un millier de petits détails.

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Pour le reste, je pense que l’on peut dire que cet ouvrage enlève une bonne partie du glamour de la geisha telle qu’elle est dépeinte dans les fantasmes occidentaux.

Le premier point marquant étant que Kinu est vendue par ses parents (sa soeur subira le même sort) à la patronne d’un okiya, maison de geisha où celles-ci vivaient le temps qu’elles remboursent leurs dettes, c’est à dire l’argent investi par leur mère adoptive pour les acheter. Et pour Kinu, ce remboursement se fait depuis son plus jeune âge, avec des petits travaux quotidiens qui ne lui laissent que peu de temps de répit. D’autant plus que l’enfant suit des cours financés par sa mère adoptive, tout comme ses vêtements et sa nourriture… ce qui fait donc augmenter le montant de sa dette. Bonjour le serpent qui se mord la queue, sur l’exploitation d’enfants en plus.

Certaines anecdotes, d’ailleurs, glacent le sang. Par exemple, les apprenties devaient se tenir dehors en hiver et hurler, pour se casser la voix et qu’elle ait un autre timbre, plus plaisant. Il arrive aussi que les futures geishas reçoivent des coups ou encore que certaines de leurs professeurs passent leurs nerfs sur elles. De plus, leurs déplacements sont contrôlés, il leur est impossible de sortir du quartier réservé sans un visa, fournit uniquement si elles ont une excuse valable.

Sans oublier que chaque vie porte naturellement son lot de peines, cela peut très vite être lourd à porter pour une personne.

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Les conditions de vie peuvent être qualifiées d’esclavagistes tant les geishas et les apprentis sont privées de libertés et font les choses contre leur gré.
Toutes les geishas mentionnées dans ce livre sont des prostituées. Leur cérémonie de dépucelage notamment, se fait contre une somme d’argent non négligeable, aux alentours de quinze ans, alors que les jeunes filles ne savent même pas en quoi cela consiste. Pour ce qui est de leur salaire les geishas ne touchent qu’un infime pourcentage dessus, jusqu’à ce qu’elles remboursent leur dette à leur mère adoptive.

S’il existe malgré tout une petite concurrence entre les geishas ou entre les okiya, celle-ci n’est pas infâme ou insupportable. Il existe une solidarité entre ces femmes, qui se soutiennent, se donnent des astuces pour réussir et sont à l’écoute l’une de l’autre, notamment les geishas qui prennent une apprentie sous leur aile.

Des propos de Kinu ne ressort pas d’amertume et encore moins de plainte. On ressent plus de la nostalgie, mais aussi de la reconnaissance envers toutes les personnes qu’elle a connu et qui l’ont aidée. La façon dont sont racontées les choses adoucissent énormément le ton du récit qui nous laisse un petit goût doux-amer.

On ne peut que reconnaître que tout au long de sa vie, Kinu a fait preuve de beaucoup de courage pour s’en sortir. Elle a réussi à gravir les échelons jusqu’à devenir une geisha populaire, malgré une opération qui l’a empêchée de se produire sur une longue période. Elle aura aussi le courage de s’enfuir, piégée dans une situation qui ne lui convient pas, et celui de revenir, pour ouvrir à son tour une maison de geisha.

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J’ai trouvé la lecture un peu ardue par moment. De nombreux faits sont relatés mais sans être racontés, ce qui n’aide pas à l’immersion au début du récit. Les descriptions sont très précises (parfois jusqu’à parler des dimensions des salles) ce qui coupe légèrement la fluidité du texte.
Un petit frein pour le lecteur pourrait être l’abondance de termes japonais, en plus des noms de lieu et d’individus. Le nom des vêtements, des coiffures ne sont pas traduits et même si l’on est familiarisé avec le terme kimono, par exemple, il est plus difficile de s’imaginer correctement les différentes coiffures citées, même si celles-ci sont décrites. Cependant, certains mots revenant fréquemment, on finit par les retenir et ils ne posent plus de problème.

Il y a un petit point qui m’a fait particulièrement plaisir et que je trouve non négligeable : en fin de chapitre, on trouve une photographie d’époque montrant, la plupart du temps, Kinu, parfois seule, parfois avec d’autres geishas ou des clients. En plus d’ajouter de l’authenticité au récit, je trouve ça plaisant de pouvoir mettre un visage sur la personne dont l’histoire nous est contée.

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Je pense que je relirai Mémoires d’une Geisha, car il y a sûrement un grand nombre d’informations que je n’ai pas retenues mais qui restent intéressantes. J’éviterai simplement la lecture de certains passages.

Mémoires d’une Geisha
Editions Phillipe Picquier
Parution 1997
280 pages

J’espère que cet article vous aura enseigné quelques petites choses sur les geishas et donné envie d’en apprendre encore plus !
Quelqu’un parmi vous l’a lu ? Ou avez-vous l’ouvrage Geisha, d’Arthur Golden ?

A très vite je l’espère !
Brybry

2 réflexions sur “Mémoires d’une geisha – Inoue Yuki

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